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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 02:58

    Kevin.pngJ'ai rencontré Kevin par hasard  : il lisait un livre en français. C'est assez rare pour avoir attiré mon attention. Il nous fait partager son expérience en Afghanistan en tant que soldat. Les photos proviennent de son album personnel : merci à lui.

    

    A la sortie d'une université réputée de Caroline du Nord avec un diplôme, je n'avais pas  de travail. J'en ai profité pour voyager en Russie et à Cuba.

 

     

 

   Au retour, je voulais faire un travail intéressant. J'avais le choix entre l'enseignement, l'action humanitaire ou l'armée....  

    C'est ainsi que je me suis engagé à 23 ans et retrouvé en Afghanistan à 25 ans en 2008 et 2009.   Aux USA, être soldat et servir ne sont pas contradictoires comme en Europe.

 Je suis allé en Afghanistan parce que j'étais soldat : c'était mon travail. 

 

Afghanistan Kevin (1) 

   J'étais lieutenant d'un peloton d'une vingtaine de soldats dans l'infanterie. Nous n'utilisions pas de chars car le pays est trop montagneux et il y a des mines...

  Un lieutenant reste en moyenne 1 an mais moi je suis resté 2 ans: c'est beaucoup !

  

 

Afghanistan Kevin (4)

 

     J'ai pu  parler avec les gens du pays chaque jour : c'était la plus importante part de mon travail. Mon territoire s'étendait sur  2 comtés. Mes missions étaient la sécurité et la rencontre avec les leaders locaux. Je travaillais avec les soldats afghans : c'était illégal de faire des misions sans eux. Nous avions des interprètes : depuis, j'ai étudié le Pashtoun au Tadjikistan. Dans les réunions de tribus, c'était très formel. En dehors, ça l'était moins.

 

 

Kevin, le traducteur , le lieutenant et le cuisinier afghans

 

   Tous les deux mois, le bataillon afghan changeait : après un moment, je connaissais mieux le territoire qu'eux !


Afghanistan--1-.JPG

  Je me considérais plus comme un homme, mais je savais aussi que j'étais un représentant des États-Unis. Donc, il y avait beaucoup de choses que j'aurais eu  envie de faire ou de dire individuellement qui auraient cause du tort à mon pays : c'était donc hors de ma portée. J'ai essayé d'agir de façon  que ni moi (l'homme), ni mon pays n'aient honte de moi. Je crois y avoir réussi.


    Dans l'infanterie, ceux qui s'engagent ont généralement des problèmes : financiers, familiaux...    La majorité de mes soldats étaient déjà mariés. J'étais célibataire avant mon départ et le suis encore : je pense que c'est mieux dans cette situation. Ça m'a évité bien des déboires, témoin la conversation ci-contre entendue près d'une cabine téléphonique de notre garnison.

    C'est le même soldat qui est venu me demander conseil car sa femme voulait le quitter pour une autre femme...

Un soldat criant à sa femme :

 

- Quoi ? Tu es encore enceinte ?

- .....

- Encore de mon frère ?

     
 

 

    Sur la principale base militaire du pays, j'ai rencontré des chasseurs alpins français reconnaissables à leur grand béret.

 

     Lorsque vous rencontrez la mort comme une réalité immédiate pour la première fois, cela change le sens de ce qui est important dans votre vie. C'est une expérience de clarification et de libération.


   Je pense que la guerre aurait pu être faite différemment après 2001. Nous avons fait beaucoup d'erreurs.

 

   Afghanistan-Kevin--2-.JPGJ'ai vécu des choses* terribles qui sont douloureuses à penser mais il est imprudent de ne jamais en parlerDans mon expérience, les hommes et les femmes qui n'ont jamais partagé leurs problèmes comme ceux-ci finissent par en avoir plus affectivement parce qu'ils sont trop refoulés. La meilleure façon de gérer les mauvais souvenirs est généralement d'en discuter avec quelqu'un qui a une bonne écoute.

  

Rahim Jan (à gauche de Kevin) a eu les deux mains emportées alors qu'il posait une mine durant l'invasion soviétique).

 

*Je pourrais donner plusieurs exemples mais en voici un facile à expliquer : j'ai dû chercher le corps décapité d'un combattant ennemi. Pas un souvenir agréable, mais ce n'est pas quelque chose que vous devez cacher.

 

Afghanistan-Kevin--3-.JPG

  Malgré ça, j'ai de bons souvenirs : j'ai aimé raconter des histoires à la lumière d'un petit  poêle à gaz à mes interprètes et aux soldats afghans. Certaines nuits, je mangeais avec eux et ceux-ci sont pour la plupart de très bons souvenirs. Ils achetaient des noix locales pour moi et nous fumions, buvions du thé vert et écrasions les noix en racontant des histoires jusque tard dans la nuit.

  Les pignons de pin, très chers en Afghanistan, donnent lieu à des guerres tribales pour s'en assurer le contrôle...

  Dans cette vallée, la tribu possédait des abricotiers, phénomène très rare à cette altitude. On peut manger les amandes des abricots. J'avais une bonne relation avec cette tribu.

Afghanistan--2-.JPG

 

   Kevin va se rendre  à Kaboul dans quelques semaines pour y travailler pendant un certain temps en tant que civil. Il se consacrera à la gestion de projets pour Sayara médias.


Retrouvez un épisode tragi-comique de cette guerre écrit par Kevin pour le Huffington Post.

 

   Merci à Cessany, Floriane, Helene, Marie-Claude qui m'ont apporté leur concours dans la préparation de cet article.

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commentaires

Marie-Claude Chaboud 14/12/2012 15:18


Cet article m'a beaucoup intéressé. Par son côté humain, surtout.


Il m'apporte une autre vision de ce que nous savons en France de la guerrre en Afghanistan.


Félicitation à Christian pour cet article et merci à Kevin pour son témoignage.


M Claude

Americano 14/12/2012 22:54



C'etait bien le but du blog que de montrer une autre face que celle que l'on nous presente habituellement, non?


Merci pour ta participation active


Christian