Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 23:13
Tim.JPG Tim est l'un de mes premiers amis ici: c’est un fan de danse contra et il a participé aux ateliers danses que nous avons menés à Carrollton. Depuis, nous déjeunons régulièrement tous les deux et refaisons le monde en même temps. C’est lors de notre récente rencontre qu'il m’a confié son témoignage.

 

 

Tim a été employé dans l’usine Kia* d’avril à fin août 2011 date à laquelle, il a donné sa démission. Récit.

*Nous avions évoqué l’ouverture de cette usine d’assemblage dans "Carrollton news No43." 


Le travail

« Je travaillais sur une chaîne d’assemblage qui avançait sans cesse. Après la première semaine j’ai été muté pour un autre poste de travail. Je mettais des portes sur 2 différents modèles. Nous sortions en moyenne une voiture par minute. En fait, je n’avais que quelques secondes pour mettre un écrou. Avant de quitter, nous avions commencé d’assembler un 3ème modèle. 

Nous avions 2 pauses de 10 minutes chacune mais qui, en fait, se trouvaient réduites : le travail ne peut pas s’arrêter exactement au moment où la sirène se déclenche et le temps pour se rendre aux toilettes est long.

C’est une expérience intéressante mais très difficile. L’ensemble du processus d’assemblage est étonnant.»


Les conditions

« Le but est de ne commettre aucune erreur, ce qui est compréhensible mais humainement impossible. Dès lors que nous constatons une erreur, il faudrait pouvoir arrêter et la corriger. Parallèlement, nous subissons une pression constante pour ne pas tirer la corde qui arrête la chaîne ce qui entraîne l'arrêt de 50 autres postes. Ces deux exigences sont contradictoires !

J’avais de bonnes relations avec les autres ouvriers parce que nous avions les mêmes difficultés. Nous nous comprenions et nous aidions.

Avec l’encadrement,  ce n’était pas une communication  ouverte. Avant de commencer, nous avions 5 minutes pour faire le point mais ce n’est pas une durée suffisante pour parler de nos problèmes, nos difficultés. Chacun étant fatigué après son temps de travail, personne ne voulait consacrer plus de temps à discuter avec l’encadrement.

Lorsque j’ai annoncé mon départ*, mes camarades de travail me disait que j’étais « parole ». Ce mot est utilise ici pour libérer des prisonniers sous condition. C’est dire l’ambiance ! Rien que la présence de gardes à l’entrée donne une idée…

Mes camarades n’avaient pas le choix : ils restaient car ils sont contraints de payer leurs factures et crédits. Moi, je ne regrette pas d’avoir laissé ce travail.

*Beaucoup de travailleurs laissaient leur place en plein milieu du travail ou pendant des pauses sans préavis… J’évalue les départs à 25 % pendant les 2 premières semaines et à 40% après 6 mois. Le taux de remplacement est très élevé.»


Le corps en souffrance

« Il faut un bon moment pour que le corps s’ajuste : il faut refaire le même geste 5000 fois avant d’être capable d’effectuer l’opération dans le temps imparti. 

Nous faisions les 3x8 (matin, après-midi, minuit). Toutes les 4 semaines, nous changions. Ceci ne donne pas au corps le temps de s’habituer et je n’avais plus de vie sociale*.

Ce travail est comme celui d’une machine.  Chacun finit par avoir des problèmes avec son corps. Moi, ce sont mes mains qui m’ont fait souffrir. Tout le monde prend des médicaments (anti-inflammatoires, antalgiques…).

Il est intéressant de noter que pour être embauché, j’ai subi l’examen médical le plus complet de ma vie !

Par ailleurs, beaucoup de mes co-équipiers étaient d’anciens joueurs de football, sans doute en raison de leur bonne coordination ?»

NDLR : Je confirme n'avoir jamais pu voir Tim pendant tout ce temps et ce n'est que par hasard que je l'ai revu récemment lors d'une soirée contra...


Le salaire

« C’était mieux payé que beaucoup de mes précédents métiers. Cependant considérant ce qui m’était demandé ce n’était pas très bien rémunéré, avis partagé par beaucoup de personnes rencontrées.

Le salaire minimum est de $14,90 de l’heure, payé 50% de plus en heure supplémentaire (au delà de 40 heures par semaine) et le double si on travaille le dimanche, ce que je n’ai jamais voulu faire. 

Je pense que faire partie de l’encadrement doit être un bon travail…»

 

Travailler autrement ?

«Le travail pourrait être possible s’il n’avait pas à être fait aussi rapidement et aussi longtemps. Je pense que 6 heures par jour suffiraient. Hélas, la compagnie ne s’intéresse pas à ces questions : pour moi, c’est une forme moderne d’esclavage.

C’est le système économique entier qui fonctionne de cette façon..»

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires