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28 août 2020 5 28 /08 /août /2020 21:46

1 -Finissons notre exploration du journal USA TODAY

Des raisons d'espérer

Conséquence positive inattendue : Les entreprises appartenant à des noirs voient une augment ation de leurs affaires.

Christian, la propriétaire d’un coffee-shop a vu « des commandes arriver les unes à la suite des autres, une augmentation de 225% depuis la fin mai », confie-t-elle au journal. « Les gens montrent ainsi leur support à la communauté noire en réponse à la violence policière ». Pour appuyer ce mouvement, de nombreuses listes d’affaires gérées par des noirs ont été publiées en ligne. Ces entrepreneurs voient avec intérêt cette tendance mais déplorent les circonstances dans lesquelles elles se sont manifestées.

Lois, fondateur d’une compagnie de salons de coiffure a vécu lui aussi ce même phénomène après que son affaire ait été inscrite dans une liste.

De son côté, la compagnie UberEats (livraison de repas) a commencé à renoncer aux frais de livraison lorsque les commandes sont faites auprès de restaurants dont les propriétaires sont noirs.

Le mouvement s’étend aux banques dirigées par des noirs : l’une d’elle, OneUnited, a dû ouvrir 40 000 nouveaux comptes le mois dernier.

Beau moment de fraternisation !

Beau moment de fraternisation !

Six compagnies arrêtent leur publicité sur Facebook

   Ces six compagnies (Eddie Bauer, The North Face, Patagonia, REI,  Mozilla, Upwork) prônent le boycott des publicités sur Facebook en vue de réduire les contenus violents et racistes de ce media social. Elles ont été rejointes par une centaine de compagnies plus petites.

Derrick Johnson, président de NAACP estime "qu'il est important de s'engager sur cette voie quand des plateformes comme Facebook n'ont pas de garde-fous".

Toutefois, Mari Smith, un expert de Facebook tempère : "Pour atteindre un réel changement sur Facebook, il faudrait que des milliers de marques fassent la même démarche pendant un mois ou plus."

Le Ku Klux Klan veille : "les nègres n'ont pas d'importance" !

Le Ku Klux Klan veille : "les nègres n'ont pas d'importance" !

Facebook en question

La semaine suivante, un long article revient sur la question et en particulier celle du comportement de Facebook,

Par exemple, une jeune militante a vu son compte suspendu 27 fois pour avoir posté contre le racisme.

Devant la menace du boycott, le président Mark Zuckerberg et son équipe ont rencontré des représentants des associations pour les droits civils. Parmi les demandes de ces derniers figurent :

- un audit sur les discours de haine et la désinformation sur Facebook ;

- le suppression de tous les discours de haine ainsi que des groupes qui les propagent ;

- le refus de passer de la publicité trop proche de discours haineux ;

- l'embauche d'un représentant des droits civils chargé d'évaluer les produits et la politique de Facebook par rapport à la discrimination et à la haine.

Ceci ne fait que reprendre les demandes déjà effectuées en 2016/17. Depuis, peu de signes de progrès ont été perçus...

Le problème n'est pas simple car la minorité noire est largement sous-représentée dans la totalité des employés de Facebook : 1025 sur 27 705 (moins de 4%). 

Beaucoup de militants se plaignent du fait que lorsqu'ils sont insultés sur Facebook, les contenus ne peuvent pas être retirés mais lorsqu'eux-mêmes retransmettent ces insultes, alors ces nouvelles publications, elles, le sont ! Pourtant, comme il le disent : Facebook est trop utile pour le quitter...

Les Lakers s'engagent sur la question de la justice raciale

https://img.over-blog-kiwi.com/0/55/44/57/20200727/ob_c1c59a_black-lebron-james.jpg#width=162&height=163LeBron James

Beaucoup de joueurs de cette équipe de basket-ball sont au centre de ce débat car ils sont les leaders de leur communauté. Certains se demandent s'ils rejoueront lorsque la saison reprendra. Bradley, l'un des leaders d'une coalition de joueurs demande que leur Fédération finance mieux les combats contre l'inégalité raciale et pour l’amélioration de la diversité raciale dans les bureaux d'accueil et les équipes d'entrainement.

Ces mêmes joueurs vont apporter une aide financière à des associations qui aident les jeunes des minorités à travers le sport et l'éducation.

Les basketteuses d'Atlanta s'engagent aussi !

Elles demandent la destitution de la copropriétaire de leur équipe au motif d'avoir refusé d'imprimer  le slogan "Black lives matter" sur leur maillot. 

Une solution : le départ ?

Ce n’est pas un phénomène nouveau : de grands noms de la littérature (James Baldwin), du cabaret (Joséphine Baker), des musiciens de jazz et des chanteurs de blues ont quitté le pays… Le chanteur Paul Robeson disait qu’en Russie, il s’était senti pleinement humain pour la première fois. Alors de nos jours ?

L’année de l’élection de Trump voyait une hausse de recherches sur Internet avec le mot « Blaxit »… Coïncidence ?

Après avoir connu des démêlés avec la police, Anthony et Okunimi décident de quitter le pays. D’autres noirs américains prennent également cette décision. Les destinations sont diverses : Allemagne, Trinidad, Ghana. Tous ont la même analyse ils se sentent coincés et sans pouvoir face au racisme persistant, à la brutalité de la police et à leurs difficultés économiques aux USA. 

Au Ghana, un programme encourage la diaspora africaine à revenir au pays. Kambon qui travaille pour celui-ci rejette les termes de « noirs américains » ou  « africain-américains » utilisés aux USA. Il ne retournera jamais dans ce pays. « J’ai décidé de ne plus être sous la férule de ces blancs qui, par caprice, décident de vous mettre en prison et donc que vous ne verriez plus votre famille pendant les dix prochaines années. »

Bien que le racisme ne soit pas absent en Allemagne, Baggette s’y sent mieux et en plus grande sécurité. Une étude de 2009 montrait que les noirs avaient 2,5 fois plus de chance ( ! ) d’être tués par la police que les blancs aux USA.

Springer, 50 ans, vit la même expérience en Angleterre et citant un professeur de sociologie de Manchester : « ici, le racisme est moins mortel que celui des USA. » Springer ne supporte plus son pays d’origine et est décidé à ne plus y retourner.

Drayton, qui vit à Trinidad déclare : « Aux States vos mains tremblent. Vous vous demandez quoi dire et si vous avez la bonne carte d’identité quand vous avez affaire à la police. Ce n’est pas le cas ici. »

Sienna confirme le propos, elle qui a fondé sa compagnie pour aider les femmes noires américaines à émigrer en Espagne.

Lakeshia ne dit pas autre chose au Ghana mais ajoute qu’elle a constaté avec plaisir que l’on peut vivre très bien dans ce pays.

Brown est déterminée à se rendre dans le sud de l’Europe pour bâtir un petit capital, chose quasiment impossible à atteindre aux USA pour les noirs contrairement aux blancs qui le transmettent de générations en générations : une étude de Pew Research estimait que la richesse moyenne des blancs était 10 fois supérieure à celle des noirs…

2 - Et pour finir, un extrait du Guardian Atlanta Week

En débat : le problème du monument confédéré dans le parc national de Stone Moutain

 

    Cette sculpture en pierre,  à même le piton volcanique de Stone Mountain, achevée en 1972, le plus grand mémorial de la Confédération, à 158 pieds de haut, est la plus grande de son genre dans le monde. Elle a été initiée par le Ku Klux Klan. Le propriétaire de la terre était un membre du Klan tout comme le sculpteur. 

   Le spectaculaire lasershow qui s'y déroule là est une célébration de la marque "America" avec son énorme projection vidéo 3D plus  grande que la Statue de la  Liberté, ses explosions de feu et une partition musicale entraînante. Les familles qui visitent ce parc, l’attraction touristique la plus populaire de Géorgie, viennent ici pour pique-niquer sur la grande pelouse et contempler le spectacle, qui est projeté directement sur le monument confédéré de Stone Mountain. Le spectacle se termine par les trois sculptures des dirigeants confédérés – les généraux Robert E Lee, Stonewall Jackson et le président confédéré Jefferson Davis – qui reprennent vie et « s’en vont » dans le ciel du soir.

 

Fin (sans doute provisoire de cette série d'articles)

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9 août 2020 7 09 /08 /août /2020 22:06

La mort de Georges Floyd, tué par un policier, étant récente, le journal USA TODAY a publié à partir du 24 juin 2020, des articles relatifs aux conséquences de cet évènement. Extraits ci-après.

Le slogan a été reproduit un peu partout (comme ici devant une maison particulière d'Athens) sous forme de peintures, graffiti, affiches...

Le slogan a été reproduit un peu partout (comme ici devant une maison particulière d'Athens) sous forme de peintures, graffiti, affiches...

Ainsi le quotidien titre en Une :

Les manifestations entrainent une vague de réformes politiques. 

Les pratiques de la police sont évaluées non seulement dans de grandes villes comme Los Angeles, Phoenix ou Houston mais aussi dans des centres urbains plus petits comme Cedar Rapids, Greensboro ou Albuquerque. La mort de Floyd ayant été provoquée par le poids d'un policier sur son cou pendant 9 minutes, tout le monde s'accorde pour bannir ce genre de traitement. Il est demandé aux autres policiers témoins de telles pratiques d'intervenir. S'ils ne le font pas, ils pourront être poursuivis. Sont donc bannies les pratiques d'étouffement et d'étranglement.

D'autres mesures visent à supprimer les fonds accordés à la police et à rendre son action  plus transparente (publication de rapports ou enregistrements des caméras personnelles). La ville de Washington va demander à ses policiers de se former aux questions du racisme et de la suprématie blanche. Des universités en Californie et Virginie vont revoir leurs programmes d'entrainement des policiers.

Des écoles suppriment leur contrat avec la police locale comme à Denver ou Minneapolis.

Lors d'une manifestation antiraciste, les opposants organisent la riposte.... pacifiquement !

Lors d'une manifestation antiraciste, les opposants organisent la riposte.... pacifiquement !

Des manifestants ayant essayé de renverser la statue du président Andrew Jackson* près de la Maison Blanche, Trump, qui n'est jamais en retard d'une bêtise, déclare qu'il va ordonner de longues peines de prison pour ces vandales, ces voyous, ces anarchistes et agitateurs. "Nous n'abattrons pas nos monuments", ajoute-t-il.

Partout dans le pays de tels actes se sont répétés. Pourtant depuis 2003, une loi punit la dégradation des plaques, monuments ou statues  de personnes ayant servi dans les forces armées.

* Ce président du 19 ème siècle est particulièrement connu pour son traitement sans pitié de la question indienne. Sa statue a échappé à la destruction grâce à l'intervention des services secrets et de policiers.

Statues confédérées : des panneaux publicitaires pour le racisme

Dans cet éditorial, Ken Paulson nous rappelle que les statues sont en train de tomber soit sous l'action des manifestants soit par décision des politiques locaux. Exemples avec la statue du général Albert Pike à Washington ou celle du président Jefferson Davis à Richmond. Le Kentucky, la Caroline du Nord et la ville de Houston sont en train d'enlever de leurs capitoles et parcs ces statues.

Toutefois si les statues sont protégées par le premier Amendement, on ne doit pas oublier ce qu'elles transmettent. Un an après la fin de la guerre, elles célébraient la perte de pères, fils ou frères pendant la guerre civile. Ce n'était pas une certaine nostalgie mais l'approbation d'un temps et d'une culture ou les Blacks étaient esclaves. Que dire du boom des érections 25/30 ans plus tard alors que les législateurs du sud votaient  les lois de Jim Crow pour limiter les droits des noirs Américains ? Que dire du même  pic dans les années 50 et 60 alors que le combat pour les droits civiques était à son apogée ? Ceux qui parlent "d'héritage" ignorent celui quasi universel des afro-américains réduits à l'esclavage par millions dans le sud. Ces monuments banalisent leurs peines, leur histoire et leur inquiétude par rapport au racisme actuel ou passé.

Dans la petite ville d'Elberton (une heure de route d'Athens), le soldat confédéré veille, l'arme au pied, le regard tourné vers le nord. On retrouve ce genre de monument à des centaines d'exemplaires dans le sud...

Dans la petite ville d'Elberton (une heure de route d'Athens), le soldat confédéré veille, l'arme au pied, le regard tourné vers le nord. On retrouve ce genre de monument à des centaines d'exemplaires dans le sud...

suite de l'article

Changer de commémoration pour changer d'idée

Partout dans le monde, des monuments tombent lorsque les régimes changent : pour mémoire, la statue de Saddam Hussein en 2003. En 1776, quelques jours après la déclaration d'Indépendance de l'Amérique, les rebelles de New York abattent la statue de George III. Si les valeurs de la société américaine changent, pourquoi certaines statues ne devraient-elles pas tomber ? Par ailleurs un point crucial sur les valeurs américaines actuelles est de savoir si nous pouvons prendre comme modèle le démantèlement de ces statues pacifiquement. Les vrais changements ne viennent pas brutalement.

Quand des législateurs refusent d'enlever ces monuments de soldats rebelles sous prétexte qu'ils témoignent simplement du passé. ils ne prennent pas connaissance qu'en fait c'était des panneaux publicitaire pour le racisme au XXème siècle !

En gardant ces monuments en 2020, malgré la peine qu'ils causent à de nombreux Américains, les personnes au pouvoir renforcent les messages de ces statues.

Prudence dans la destitution des anciens présidents

L'article fait référence à la décision de l'université de Princeton de retirer le nom de "Président Woodrow Wilson" de son école des relations internationales. Elle s'appuie sur le fait que celui-ci dans sa campagne présidentielle de 1912, avait l'habitude de "chauffer" les salles à l'aide d'histoires racistes que plus personne n'oserait raconter aujourd'hui. Il n'est pas le seul sous les projecteurs : actuellement Georges Washington, Thomas Jefferson, Andrew Jackson, Abraham Lincoln et Ulysse Grant sont les cibles de diverses attaques.

L'auteur de l'article suggère la prudence car les faits devraient être replacés dans leur contexte et non vus au prisme des idées actuelles. D'autre part, les "écarts" de ces anciens présidents doivent être évaluéen tenant compte de leurs actions positives. 

Jimmy Kimmel, un fameux présentateur de talk-show, suite à des plaintes, a dû s'excuser pour être apparu le visage noirci plusieurs décennies auparavant. "Depuis plus de vingt ans, j'ai évolué" confesse-t-il. Cet évènement intervient alors qu'un de ses confrères avait déjà effectué la même démarche.

A suivre

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31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 22:26

Caroline Randall Williams, l’auteure de « Lucy Negro, Redux » et « Soul Food Love », est écrivaine en résidence à l’Université Vanderbilt (Nashville-Tennessee). Elle témoigne de sa situation personnelle pour le moins "ambigüe". Ecoutons-la :

"J’ai la peau de la couleur du viol. Ma noirceur brun-clair est un témoignage vivant des règles, des pratiques, des causes du Vieux Sud. Ma peau est un monument. Les confédérés morts sont honorés dans tout le pays avec des statues privées caricaturales, des monuments publics solennels et même dans les noms des bases de l’armée des États-Unis. Cela me fortifie et me réjouit d’assister aux protestations contre cette pratique et à la clameur croissante des fonctionnaires sérieux et non partisans pour y remédier. Mais il y a encore ceux — [les dirigeants du gouvernement] — qui ne peuvent pas comprendre la différence entre réécrire et recadrer le passé. Je dis  qu'il n’est pas question de refaire l’histoire mais d’ajouter une nouvelle perspective.

Je suis une femme noire du Sud et mes ancêtres masculins blancs immédiats étaient tous des violeurs. Mon existence même est une relique de l’esclavage et de Jim Crow. Selon la règle de l’hypodescence (pratique sociale et juridique attribuant à une personne génétiquement métisse la race avec le moins de pouvoir social), je suis la fille de deux noirs, la petite-fille de quatre noirs, l’arrière-petite-fille de huit noirs.

Remontez une génération de plus et ça devient moins simple et plus sinistre. Comme l’histoire familiale l’a toujours dit, et comme les tests ADN modernes l’ont prouvé, je suis le descendant de femmes noires qui étaient domestiques et d’hommes blancs qui les ont violées.

 C’est une vérité extraordinaire de ma vie : je suis biologiquement plus de la moitié blanche, et pourtant je n’ai pas de blancs dans ma généalogie. Pas de blancheur volontaire. Je suis à moitié blanche et rien de tout cela n’était consensuel. Les hommes blancs du Sud — mes ancêtres — ont pris ce qu’ils voulaient des femmes qu’ils n’aimaient pas, sur lesquelles ils avaient un pouvoir extraordinaire, puis n’ont pas reconnu leurs enfants.

Qu’est-ce qu’un monument si ce n’est un souvenir debout? Un artefact pour rendre tangible la vérité du passé. Mon corps et mon sang sont une vérité tangible du Sud et de son passé. Les Noirs d’où je viens appartenaient aux Blancs d’où je viens. Les Blancs d’où je viens se sont battus et sont morts pour leur cause perdue. Et je vous demande maintenant, qui ose me dire de les célébrer? Qui ose me demander d’accepter leurs statues équestres ?

Vous ne pouvez pas me rejeter comme quelqu’un qui ne comprend pas. Vous ne pouvez pas dire que ce n’était pas les membres de ma famille qui se sont battus et sont morts. Ma noirceur ne me met pas de l’autre côté de quoi que ce soit. Cela me place au cœur du débat. Je ne viens pas du Sud. Je viens des Confédérés. J’ai du sang bleu gris rebelle qui coule dans les veines. Mon arrière-grand-père Will a été élevé en sachant qu’Edmund Pettus était son père. Pettus, le général confédéré, le grand dragon du Ku Klux Klan, l’homme pour qui le pont du dimanche sanglant de Selma est nommé. Je ne suis donc pas une étrangère qui fait ces demandes. Je suis une arrière-arrière-petite-fille.

Et ici, je suis bien placée pour dire qu’il y a beaucoup de choses dans le Sud qui sont précieuses pour moi. J’enseigne et j’écris ici de mon mieux. Il y a, cependant, un modèle particulier de fierté du Sud qui doit maintenant, enfin, être pris en compte.

Ce n’est pas une fierté ignorante, mais une fierté provocante. C’est une fierté qui dit: « notre histoire est riche, nos causes sont justifiées, nos ancêtres sont irréprochables. » C’est un jeu de grandeur, si vous voulez, un souhait à nouveau pour un certain type de mémoire américaine. Un souvenir digne d’un monument.

Mais voici la chose : nos ancêtres ne méritent pas votre fierté inconditionnelle. Oui, je suis fière de chacun de mes ancêtres noirs qui ont survécu à l’esclavage. Ils ont gagné cette fierté reconnue par toute personne décente. Mais je ne suis pas fière des ancêtres blancs que je connais, en raison de mon existence même, d’être de mauvais acteurs.

Parmi les apologistes de la cause du Sud et de ses monuments, il y a ceux qui rejettent les épreuves du passé. Ils imaginent un monde de maîtres bienveillants et parlent avec des yeux brumeux de gentillesse, d’honneur et de la terre. Ils nient le viol dans les plantations ou l’expliquent de loin ou remettent en question le degré de fréquence avec lequel il s’est produit.

Pour ces gens, c’est mon privilège de dire que je suis la preuve. Je suis la preuve que quoi que le Sud ait pu être, ou pourrait se croire être, il était et est un espace dont la prospérité et le sens de la romance et de la nostalgie ont été construits sur la souffrance des noirs.

La version rêvée du Vieux Sud n’a jamais existé. Ici, tout monument dédié à cette époque dit la moitié d’une vérité au mieux. Les idées et les idéaux qu’il prétend honorer ne sont pas réels. À ceux qui ont embrassé ces illusions : il est maintenant temps de réexaminer votre position.

Soit vous avez été aveuglés par une vérité que l’histoire de mon corps vous oblige à voir, soit vous voulez vraiment honorer les oppresseurs au détriment des opprimés et vous devez enfin reconnaître votre investissement émotionnel dans un héritage de haine.

Quoi qu’il en soit, je dis que les monuments de pierre et de métal, les monuments de tissu et de bois, tous les monuments faits par l’homme, doivent tomber. Je défie tout Sudiste sentimental de défendre nos ancêtres devant moi. Je suis littéralement faite des raisons de les dépouiller de leurs lauriers."

Autre témoignage de valeur de Fannie Lou Hamer.

"Je ne veux pas que vous me disiez de retourner en Afrique, à moins que vous ne retourniez d’où vous venez. Un jour, j’ai reçu une note me disant de retourner en Afrique et depuis ce temps — cela fait trois fois par semaine que je le dis devant un public blanc — : « Nous allons conclure un marché : après avoir renvoyé tous les Coréens en Corée, les Chinois en Chine, le peuple juif à Jérusalem et avoir redonné aux Indiens leurs terres, vous montez sur le Mayflower d’où vous venez'... Nous sommes tous ici sur des terres empruntées. Nous devons comprendre comment nous allons faire les choses bien pour tous les gens de ce pays. »

A suivre

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23 juillet 2020 4 23 /07 /juillet /2020 02:22

    Le récent décès d'un noir américain causé par un policier a relancé le débat. Le sujet est particulièrement sensible et n'étant pas journaliste, je me contenterai dans la première partie, de posts relevés sur Facebook en quelques semaines.

Bataille autour des symboles

1/ Illustration avec cet article de Associated Press du 26-09-2011.

En Caroline du Sud, la propriétaire d'une maison a dressé devant celle-ci un mat au sommet duquel elle a fait flotter le drapeau de la Confédération. Provocation, maladresse ou ignorance ? La maison se situe dans un quartier historiquement noir comme son voisin. Celui-ci, se sentant outragé, dresse à son tour le drapeau de l'Union. 70 personnes appelées à la rescousse défilent devant la maison en chantant des airs de l'époque de Martin Luther King. La brave dame est soutenue de son côté par 30 supporters dans son jardin, agitant le drapeau confédéré... Les voisins collectent de l'argent pour bâtir des palissades. Les touristes passent au ralenti devant la maison pour observer la scène. Depuis, il semble que la situation se soit apaisée...

En Caroline du Sud, le drapeau de la Confederation flottait sur le dôme de la chambre des représentants depuis 1960 (centenaire de la guerre civile) jusqu'en 2000 où ceux-ci décidaient de le mouvoir sur un monument confédéré proche.

« Notre peuple combat pour maintenir la suprématie divine de l'homme blanc sur la race inferieure, celle de couleur. Comme emblème national, le drapeau de la Confédération représente notre cause supérieure, la cause d'une race supérieure". William T. Thompson, dessinateur du drapeau confédéré.

« Notre peuple combat pour maintenir la suprématie divine de l'homme blanc sur la race inferieure, celle de couleur. Comme emblème national, le drapeau de la Confédération représente notre cause supérieure, la cause d'une race supérieure". William T. Thompson, dessinateur du drapeau confédéré.

Suzen, qui a publié ce post sur Facebook, ajoute ironiquement : "Si confusion il y avait... ceci sort tout droit de la bouche du cheval".

NDLR : La dernière partie est une expression familière pour signifier que celui qui le dit peut-être cru…

2 / La lycéenne de droite, sportive maintes fois récompensée, demande à son lycée (Lee) de changer de nom.  Dans une récente lettre à la commission scolaire, elle a écrit qu'elle ne porterait plus le maillot de l'école, arborant la mention «Tyler Lee». (Tyler est le comté de son lycée).

2 / La lycéenne de droite, sportive maintes fois récompensée, demande à son lycée (Lee) de changer de nom. Dans une récente lettre à la commission scolaire, elle a écrit qu'elle ne porterait plus le maillot de l'école, arborant la mention «Tyler Lee». (Tyler est le comté de son lycée).

Dernièrement, des dizaines de manifestants se sont rassemblés,pour soutenir la demande, devant le bureau administratif du district scolaire alors que la commission scolaire tenait une réunion à l'intérieur.

Dernièrement, des dizaines de manifestants se sont rassemblés,pour soutenir la demande, devant le bureau administratif du district scolaire alors que la commission scolaire tenait une réunion à l'intérieur.

3/ C’est beau et brillant! Harriet Tubman projeta sur un monument confédéré vénérant Robert E. Lee à Richmond, en Virginie. La projection montre la citation légendaire de Tubman : « L’esclavage est proche de l’enfer. »

3/ C’est beau et brillant! Harriet Tubman projeta sur un monument confédéré vénérant Robert E. Lee à Richmond, en Virginie. La projection montre la citation légendaire de Tubman : « L’esclavage est proche de l’enfer. »

Combat contre les dangers potentiels

Devant la porte de cet homme, un paquet a été délivré à la mauvaise adresse. Bien sûr, il serait simple de le porter quelques maisons plus loin à celui à qui il est destiné. Pourtant il n'en fera rien car... il est noir ! Il n'enverra pas non plus son fils. Stupide me direz-vous ? 

Voici ce qu'en dit cet homme :

« Nous sommes noirs et il est extrêmement dangereux d'envoyer un de nos garçons à la maison d'une famille que nous ne connaissons pas dans un quartier à majorité blanche. Pourquoi ? Parce qu'il y a une chance qu'un de nos voisins voie le garçon comme une menace et appelle la police voire sorte son fusil. C'est ce qui est arrivé à un jeune noir qui avait raté le bus  et qui marchait vers l'école. S'étant perdu et se dirigeant vers une maison pour demander la direction, le propriétaire, convaincu qu'il venait le tuer, sortit alors son fusil et ouvrit le feu. C'est pourquoi ce p.... de paquet restera devant ma porte jusqu'a ce que UPS vienne le chercher. Voilà ce que c'est que d'être noir dans l'Amérique "post raciale" »

Reconnaissance de la communauté noire

1/ Aux USAle mois de février est dédié officiellement à l'histoire de la communauté noire. A Carrollton, la bibliothèque organise chaque année une exposition en relation avec celle-ci.

 

Voir article d'Americano

 

2/ Un artiste de rue dessine une œuvre d’art : «l’invisibilité de la pauvreté ». Un chef-d’œuvre.

2/ Un artiste de rue dessine une œuvre d’art : «l’invisibilité de la pauvreté ». Un chef-d’œuvre.

3/ Le département de l’Éducation de l’Oklahoma ajoute pour la première fois le massacre de Tulsa en 1921 à son programme d’études. Jusqu’à présent, les leçons sur le massacre ont été incohérentes - certaines écoles l’ont enseigné, d’autres non. 

Tulsa 1921

Tout a commencé le 31 mai de la même année, lorsque des rumeurs ont circulé selon lesquelles un homme noir nommé Dick Rowland avait agressé sexuellement une femme blanche, Sarah Page, dans un ascenseur. Les Blancs assiègent le quartier noir de Greenwood, bouclant ses frontières pour que les Noirs aient du mal à évacuer et à tirer sur ceux qui les avaient piégés. Ils ont mis le feu à environ 40 blocs de maisons et d’entreprises, incendiant des bâtiments du sol tout en utilisant des avions pour bombarder Greenwood du ciel. Quarante-huit heures plus tard, plus de 300 Noirs étaient morts et 10 000 autres restaient sans abri.

 

4/ Laurel, Mississippi est le foyer d’un peu plus de 18.000 personnes dont 61% d’entre elles sont noires. Mardi, le maire de la ville, Johnny Magee, a publié un décret historique pour retirer le drapeau de l’État des propriétés du gouvernement de la ville de Laurel, un moment qui l’a ému aux larmes.  Dans un État qui a déclaré autrefois sa position officielle comme "complètement identifiée à l’institution de l’esclavage- le plus grand intérêt matériel du monde, » et énuméré comme l’une de ses raisons pour rejoindre la Confédération le fait que l’Union "préconise l’égalité des nègres, socialement et politiquement, » la suppression d’un symbole de la lutte pour asservir les Noirs est une grosse affaire.

4/ Laurel, Mississippi est le foyer d’un peu plus de 18.000 personnes dont 61% d’entre elles sont noires. Mardi, le maire de la ville, Johnny Magee, a publié un décret historique pour retirer le drapeau de l’État des propriétés du gouvernement de la ville de Laurel, un moment qui l’a ému aux larmes. Dans un État qui a déclaré autrefois sa position officielle comme "complètement identifiée à l’institution de l’esclavage- le plus grand intérêt matériel du monde, » et énuméré comme l’une de ses raisons pour rejoindre la Confédération le fait que l’Union "préconise l’égalité des nègres, socialement et politiquement, » la suppression d’un symbole de la lutte pour asservir les Noirs est une grosse affaire.

Magee, le maire, a déclaré que ce drapeau est un symbole de division et de transgressions raciales, "nullement ce qui représente les idéaux et les principes de notre grande nation, notre fier État et notre ville dynamique. »

  5/ Il y a 20 ans, le révérend David Kennedy a combattu le Ku Klux Klan et a gagné. Il s'est battu toute sa vie contre l’injustice à travers l’Amérique. Aujourd’hui plus que jamais, il est essentiel de rester ferme contre la haine, peu importe d’où elle vient. A Laurens (Caroline du Sud) une organisation (The Echo Project) s’emploie à rénover un ancien musée du KKK pour en faire un centre de diversité, de guérison et de justice.

5/ Il y a 20 ans, le révérend David Kennedy a combattu le Ku Klux Klan et a gagné. Il s'est battu toute sa vie contre l’injustice à travers l’Amérique. Aujourd’hui plus que jamais, il est essentiel de rester ferme contre la haine, peu importe d’où elle vient. A Laurens (Caroline du Sud) une organisation (The Echo Project) s’emploie à rénover un ancien musée du KKK pour en faire un centre de diversité, de guérison et de justice.

6/ Une autre relique persistante de l’ère Jim Crow a été arrachée du sol cette semaine dans une petite ville de l’est du Texas.

Les équipes municipales ont déterré une clôture entre deux cimetières adjacents mais séparés historiquement noirs et historiquement blancs à Mineola, à environ 75 milles à l’est de Dallas.

Le projet d’enlèvement a commencé par une cérémonie mercredi matin et devrait prendre quatre jours, a déclaré David Collett, président de Cedars Memorial Garden, le cimetière historiquement réservé aux tombes des Blancs.

Publié le 16 juillet 2020 dans Tyler Morning Telegraph

7/ The Brave Writers est un programme d’aide à l’écriture destiné aux familles. Il publie un article de l’écrivaine Carlyn Beccia qui préconise de ne plus utiliser certaines expressions ou mots à caractère raciste. Beaucoup ne pouvant être traduits fidèlement, je me contenterai d’un seul exemple qui peut facilement se comprendre en français. Extrait :

Carlyn Beccia

   

    « Dans une interview à la radio, l’intervieweur m’a demandé où je trouvais ces idées sombres pour mes livres. J’ai répondu: « j'ai toujours aimé l’humour noir. » Un auditeur a entendu mon commentaire et m’a écrit un courriel. Sa demande était simple — s’il vous plaît cesser d’utiliser des expressions racistes comme « humour noir. »

             Quand j’ai reçu cet e-mail, plusieurs émotions me venaient à l’esprit. Ma première réaction a été de ressentir de la honte. Ma deuxième réaction a été le déni. Mais ma dernière était la plus insidieuse... Quand le terme « humour noir » est-il devenu raciste ?

     La raison pour laquelle ma dernière réaction était inexcusable est qu’il ne suffit plus de plaider l’ignorance. Etre daltonien à notre époque n’est plus de mise. Il n’appartient pas aux gens de couleur d’éduquer les blancs sur les micro-agressions qu’ils éprouvent quotidiennement.

Les micro-agressions sont des interactions ou des conversations qui communiquent un préjugé à des groupes historiquement marginalisés. Un exemple courant de micro-agression :  « Est-ce que ce sont vos vrais cheveux ? ». Les micro-agressions peuvent être intentionnelles ou non intentionnelles. Et malgré la partie « micro » du nom, elles peuvent avoir des effets considérables et durables. Beaucoup d’idiomes quotidiens peuvent également être ressentis comme des micro-agressions par des personnes différentes (race, orientation sexuelle, religion, handicap). Peut-être pas toutes mais trop quand même. »

Dans les quelques exemples ci-dessus, la plupart des ingrédients du problème sont présents : racisme, pauvreté, ignorance. Malgré des efforts ponctuels, majoritairement symboliques,  au gré des évènements dramatiques, la question n'est pas traitée en profondeur. Hélas, il semble que nous ayons affaire à un effet soufflé. Sous le coup de l'émotion, celui-ci se gonfle pour retomber peu après. Pour être plus complet, il faudrait ajouter des articles du même type concernant les Natives (Indiens d’Amérique)  et les Latinos comme on les appelle ici (Mexicains et autres gens d'Amériques centrale et du sud) ...

A suivre

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 15:47

A la lumière des quelques lignes de cet article, on pourra trouver quelques raisons de relativiser ce qui nous atteint aujourd'hui en terme de pandémie. En effet beaucoup d'observateurs ont relevé un parallèle étonnant entre la  "grippe espagnole" qui frappa le monde il y a un siècle et celle d'aujourd'hui. Le présent article est écrit avec la base de données constituée des articles du Carroll Free Press, journal du comté de Carroll à laquelle s'ajoutent quelques éléments d'articles glanés sur Internet. 

Par une  affiche similaire parue le 11 octobre 1918, le Conseil de la Santé prévient qu’il y a entre 35 et 40 cas de grippe espagnole dans la ville de Carrollton et que suivant ses recommandations, le Maire et le Conseil Municipal ordonnent que toutes les écoles, églises, cinémas, salles de billard, lieux de rassemblements soient fermés jusqu’à nouvel ordre.

Par une  affiche similaire parue le 11 octobre 1918, le Conseil de la Santé prévient qu’il y a entre 35 et 40 cas de grippe espagnole dans la ville de Carrollton et que suivant ses recommandations, le Maire et le Conseil Municipal ordonnent que toutes les écoles, églises, cinémas, salles de billard, lieux de rassemblements soient fermés jusqu’à nouvel ordre.

 

Il est demandé à tous  de ne cracher ni sur les trottoirs ni sur le parquet d’aucun bâtiment de la ville.

Il est demandé aux parents de garder leurs enfants à la maison.

Tous les docteurs doivent faire un rapport chaque jour au secrétaire de mairie.

Près de 200 000 personnes se rendaient à cette parade de l’Emprunt de la Liberté à Philadelphie contribuant ainsi à la dissémination de la maladie dans cette ville.

Près de 200 000 personnes se rendaient à cette parade de l’Emprunt de la Liberté à Philadelphie contribuant ainsi à la dissémination de la maladie dans cette ville.

   La grippe s’est souvent compliquée en d’autres pathologies et comme dans le cas qui nous préoccupe ici, le corps médical est un des premiers touché.

   Ainsi en janvier 1918, on apprend que le Docteur R.E. Foster vient de mourir au Camp Gordon de pneumonie. "En présence de centaines d’amis, ses funérailles se sont déroulées à l’église méthodiste et son enterrement intervenait au cimetière municipal avec les honneurs maçonniques.

    Pour la population de Carrollton, la mort par pneumonie (janvier 1918) du Docteur Foster au Camp Gordon, Atlanta, Ga, est le premier triste incident dans notre préparation pour la guerre. Par patriotisme, il avait le désir de servir son pays en s’occupant des souffrances humaines. Il se portait volontaire l’été dernier et était nommé lieutenant au service de santé. Alors qu’il avait acquis une grande popularité auprès des garçons du camp, il fut saisi par la grippe qui se transforma peu après en pneumonie le conduisant à sa mort.

   Ses admirateurs lui prédisaient une splendide carrière mais il a été abattu par cette insidieuse maladie. Il est mort comme il a vécu : au service des autres.

Paix à son âme. »

Dans un numéro de novembre 1918, un ami de Benjamin Lee McLain fait son panégyrique

« Nous avons appris par télégramme son décès le 4 novembre. Né le 5 mars 1887, il était dans l’armée à Camp Hancock. Que son père, sa sœur, sa famille et ses amis sachent qu’il n’est pas mort mais seulement endormi dans les bras de Jésus.

C’était un fils et un frère dévoué ayant un mot gentil et un sourire pour chacun et le connaitre, c’était l’aimer.

Il y a un mois, il attrapait une de ses maladies redoutées dont la pneumonie. Tout ce qu’il était possible de faire le fut mais le Seigneur tout puissant avait besoin d’un autre ange et nous prenait notre cher Lee.

Il n’était membre d’aucune église mais mous croyons qu’il se repose maintenant après avoir écrit à son père « Ne vous inquiétez pas pour moi car je sais que Dieu va prendre soin de moi et de vous. On m’a donné un Testament que je lis quand j’ai le temps. Priez pour moi. 

On l’enterrait pour son dernier sommeil à Oak Grove.

Un ami précieux est parti

La voix que nous aimions s’est figée

Il reste une place vacante dans notre maison

Que nous ne pourrons jamais remplir. »

Un ami

Une des premières victimes du comté : le marin Charles Rabun de Villa-Rica..

Une des premières victimes du comté : le marin Charles Rabun de Villa-Rica..

A Boston, des volontaires de la Croix-Rouge fabriquent des masques.

A Boston, des volontaires de la Croix-Rouge fabriquent des masques.

Durant la guerre, les affaires ne cessent pas. La publicité s’en sert comme support en toutes occasions. Ici, il s’agit de vendre un médicament.

« La grippe espagnole s’étend rapidement.

Les personnes affaiblies sont les premières victimes. Fortifiez-vous en prenant Tanlac.

D’après les rapports des autorités de santé fédérales, il semble maintenant que pratiquement chaque état sera sérieusement affecté par la grippe espagnole. Ce n’est pas seulement une terrifiante menace pour la population mais elle est capable d’affecter le cours de la guerre dans tous ses aspects. La Marine annonce déjà que dix pour cent de ses employés sont atteints.

La maladie a fait ses plus grands progrès dans l’est où les victimes se sont comptées par milliers. Les autorités civiles et militaires demandent au public de prendre toutes les précautions pour empêcher sa propagation. Dans beaucoup de villes, les écoles, les églises et les théâtres sont fermés et les rassemblements de tous genres interdits.

Les autorités médicales s’entendent pour dire que les personnes affaiblies sont les premières victimes de cette épidémie. Si vous vous sentez fatigué, faible prenez compte de cette annonce rapidement. Vous êtes en grand danger car on attrape facilement cette maladie contrairement aux personnes en bonne santé qui sont capables de la rejeter. Le bon sens pour y échapper est de fortifier votre constitution. Et comme le dit le vieil adage « Une once de prévention est mieux qu’une livre de traitement ». Si vous êtes en mauvaise condition, commencez dès maintenant à bâtir votre résistance. Rien sur terre ne peut le faire mieux que Tanlac : ce puissant tonic donnera à votre système les éléments pour combattre les germes de la grippe.

Premièrement, Tanlac vous donne l’appétit pour une nourriture saine et assiste vos organes. Par ailleurs, Tanlac est le fortifiant idéal pour combattre les effets de la grippe. Des centaines de milliers le prennent au quotidien avec des résultats gratifiants.

En complément de ce traitement, il est nécessaire de conserver vos intestins en bon état de fonctionnement en prenant Tanlac Laxative (livré avec chaque bouteille de Tanlac). Il est également important d’observer de règles d’hygiène au quotidien : dormir dans des chambres bien ventilées, prendre l’air frais, faire de l’exercice et rester éloigné des foules.

Vous les trouverez à Carrollton chez les pharmaciens comme dans pratiquement toutes les villes  d’Amérique. »

Tanlac (sur le Net  « Tanlac est vendu au public au moyen d’extravagantes et absurdes réclames. D’après un examen du Laboratoire de Chimie, il ressort que Tanlac est essentiellement un extrait vineux contenant 15,7% d’alcool, extraits de gentiane, rhubarbe et réglisse avec une large proportion de glycérine. »  Jour.A.M.A., 5 juin 1915)

Tanlac (sur le Net « Tanlac est vendu au public au moyen d’extravagantes et absurdes réclames. D’après un examen du Laboratoire de Chimie, il ressort que Tanlac est essentiellement un extrait vineux contenant 15,7% d’alcool, extraits de gentiane, rhubarbe et réglisse avec une large proportion de glycérine. »  Jour.A.M.A., 5 juin 1915)

En dépit de cette révélation de fraude (1915), Tanlac s’est vendu au moins 30 années de plus. La bouteille de la photo date de 1942.

En dépit de cette révélation de fraude (1915), Tanlac s’est vendu au moins 30 années de plus. La bouteille de la photo date de 1942.

En 1933, 100 produits (dont Tanlac) dangereux, trompeurs et sans valeur  étaient mis en lumière par une exposition itinérante créée par les responsables de la FDA (Food and Drug Administration) qui n’avait pas le pouvoir de les retirer du marché. Elle fut si choquante qu’elle fut surnommée « la chambre américaine des horreurs » par un journaliste qui accompagnait Eleanore Roosevelt en 1936 lors de sa visite. Pou éviter ces débordements et protéger les consommateurs, fut votée peu après une loi (Federal Food, Drug and Cosmetic Act) permettant à la FDA de réguler les produits médicaux, cosmétiques et alimentaires.

Seattle, personnels de police portant un masque

Seattle, personnels de police portant un masque

Quelques chiffres (d’après le Centre de Contrôle et de prévention de la maladie)

Maladie identifiée dans le personnel militaire au printemps 1918.

500 millions de personnes  infectées (1/3 de la  population mondiale) dont 50 millions de décès (675 000 pour les USA).

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 16:56

Suite de l'article

Femmes et enfants sauvent le coton (aout 1918)

«10 femmes blanches de Ringgold, Lousiane, coupèrent 17 acres de coton et versèrent leur profit à la Croix Rouge. Les comités de femmes de Géorgie ont demandé à ce que l’ouverture des écoles soit différée pour que les enfants puissent aider à la récolte qui pourrait être compromise à cause du manque de main d’œuvre. La part que prennent femmes et enfants à cette importante récolte du sud a été décrite lors d’une conférence à la chambre d’agriculture d’Alabama à Birmingham. »

Les jeunes filles participent à  des clubs de conserve. En août 1918, une page du Carroll Free Press est consacrée à la publication du règlement d’un concours qui est organisé pour elles lors d’une foire (date et lieux non précisés).

Les jeunes filles participent à des clubs de conserve. En août 1918, une page du Carroll Free Press est consacrée à la publication du règlement d’un concours qui est organisé pour elles lors d’une foire (date et lieux non précisés).

Voici les thèmes du concours : couture (première et deuxième année), tomates, fruits, produits du jardin, poivrons. Les récompenses vont de modiques sommes d’argent à des bourses d’études

Voici les thèmes du concours : couture (première et deuxième année), tomates, fruits, produits du jardin, poivrons. Les récompenses vont de modiques sommes d’argent à des bourses d’études

Sans lien avec le paragraphe précèdent, il est annoncé en décembre 1918 que Mademoiselle Ruby Strickland a gagné le troisième prix à la foire du sud-est. Monsieur Candler, maire d’Atlanta, a donné 150 dollars couvrant toutes les dépenses d’une année à l’école agricole et mécanique. Qu’il soit chaleureusement remercié pour cet effort éducatif.

Sans lien avec le paragraphe précèdent, il est annoncé en décembre 1918 que Mademoiselle Ruby Strickland a gagné le troisième prix à la foire du sud-est. Monsieur Candler, maire d’Atlanta, a donné 150 dollars couvrant toutes les dépenses d’une année à l’école agricole et mécanique. Qu’il soit chaleureusement remercié pour cet effort éducatif.

Les Jardins de la Victoire

Le titre de ce livre (The Victory Garden), que je viens de lire récemment, m’a incité à écrire cet article …

 

Dans un article de mars 1918, le maire, le conseil municipal et le club civique de Carrollton demandent « que tous les lots vacants qui ne sont pas cultivés leur soient confiés gratuitement. Leur projet est que lycéens et lycéennes les plus âgés plantent et cultivent un Jardin de la Victoire. Les propriétaires de tels lots sont priés d’entrer en contact avec Mr Lewis Sims qui est en charge des plantations. Encourageons ces jeunes gens à cultiver un jardin car tout ce qu’ils pourront produire servira à quelqu’un et devrait ainsi réduire le cout de la vie.

Dans un article de mars 1918, le maire, le conseil municipal et le club civique de Carrollton demandent « que tous les lots vacants qui ne sont pas cultivés leur soient confiés gratuitement. Leur projet est que lycéens et lycéennes les plus âgés plantent et cultivent un Jardin de la Victoire. Les propriétaires de tels lots sont priés d’entrer en contact avec Mr Lewis Sims qui est en charge des plantations. Encourageons ces jeunes gens à cultiver un jardin car tout ce qu’ils pourront produire servira à quelqu’un et devrait ainsi réduire le cout de la vie.

Des prix seront offerts pour les jardins les mieux cultivés et les plus productifs.

Les jardiniers sont les gens les plus chaleureux de la terre et chaque quartier de la ville en possède au moins un ou plus d’expérimentés. Ils seront très contents de conseiller les jeunes gens sur l’organisation, les plantations et les plants  d’un Jardin de la Victoire. »

Les femmes pendant la Grande Guerre II

Notre jardin d’hiver (novembre 1917)

« Veuillez trouver ci-joint une liste des légumes poussant dans au moins un jardin des Clubs de conserve :

Haricots verts : 3 variétés

Pommes de terre irlandaises : 2 variétés

Fèves : 3 variétés

Poivrons doux

Poivrons forts : 5 variétés

Kohl rabbi

Chou-fleur

Cresson

Aubergine

Epinards

Moutarde : 3 variétés

Radis : 6 variétés

Choux : 5 variétés

Navets : 7 variétés

Tomates : 4 variétés

Endives : 2 variétés

Betteraves : 3 variétés

Colza

Oignons

Pois

Gombo : 2 variétés

Sauge

Herba à chat

Salades : 2 variétés

Si quelqu’un peut ajouter un légume à cette liste, nous serions contents que vous nous le communiquiez. »

Elles s’organisent et organisent

Les femmes s’organisent à Bowdon Junction (mai 1918)

« Le 9 mai 1918, Mesdames V.D. Whatley et CA. Meeks de Carrollton viennent rencontrer les femmes de cette petite communauté à l’école. Elles aident à organiser un club pour le progrès de la femme  avec 17 membres. Un bureau de 4 personnes est élu.

Des équipes sont constituées pour organiser le travail demandé par la Croix Rouge, visiter les malades et suivre le programme. »

En décembre 1918, le bureau des femmes du comté de Carroll demande aux hommes de s’engager à sauvegarder la nourriture et à la protéger contre le gaspillage. « Je m’engage à partager l’abondante nourriture de mon pays avec ceux qui ont faim en Europe et qui sont dans la désolation sans que ce soit de leur fait. Je le fais en remerciement à Dieu pour nous avoir donné la victoire et donc fait le monde plus sûr pour la démocratie. Je préserve ainsi pour moi et les générations futures le grand idéal de civilisation et de chrétienté. »

« L’organisation pour la reconstruction en temps de paix sera plus difficile que celle en temps de guerre » déclare la présidente du Conseil National de Défense de Géorgie dès novembre 1918. Lors d’une réunion du comité exécutif, elle avertit que « au lieu de ralentir leur effort patriotique, les femmes doivent l’intensifier. La coordination des activités pour la campagne de paix a commencé. Celle-ci va couvrir tout le pays. Nous devrons répondre aux deux demandes principales du gouvernement que sont d’une part la production et la conservation de nourriture et d’autre part l’adaptation au monde du travail. »

En décembre 1917, une idée d’activité utile pour les filles est lancée : « Faites votre propre album à partir d’histoires drôles, dessins, articles locaux à envoyer aux frères, fiancés et amis dans les camps ou au front. Donnez-leur le plus possible la couleur  locale ce qui sera très apprécié des garçons. N’escomptez pas la conservation car une fois l’album lu, les garçons n’en seront surement pas capables. »

En décembre 1917, une idée d’activité utile pour les filles est lancée : « Faites votre propre album à partir d’histoires drôles, dessins, articles locaux à envoyer aux frères, fiancés et amis dans les camps ou au front. Donnez-leur le plus possible la couleur locale ce qui sera très apprécié des garçons. N’escomptez pas la conservation car une fois l’album lu, les garçons n’en seront surement pas capables. »

Remerciements

Marian Christwell pour son travail iconographique

John Prechtel pour son aide à la lecture du Carroll Free Presss

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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 22:51

Cet article est la compilation des articles de presse parus dans le Carroll Free Press (CFP) des années 1917 et 1918. 

Pendant cette guerre, les femmes se sont retrouvées très impliquées.

Dès juin 1917, un Conseil du Comté de Carroll pour les vivres est mis en place dont le but est « la production et la conservation des aliments. Au cours de la réunion constitutive dans les bâtiments de la First National Bank, le Docteur Keese expose largement les besoins alimentaires du comté, de la Géorgie, des USA et du monde. Le rôle du conseil sera de coopérer avec celui de l’état. Dans chaque district du comté, un représentant du conseil recensera chaque personne (homme, femme, enfant) désireux de produire plus de nourriture et volontaire pour aider à la mise en place d’un marché des surplus. Par ailleurs, un comité de 5 personnes, assistées du président et du secrétaire, sera chargé de monter une compagnie qui gèrera une usine de conserves et établira un dépôt pour sécher les patates douces et stocker les autres produits. »

Des milliers de femmes sont nécessaires au travail de guerre ! (CFP mai 1918)

Les femmes pendant la Grande Guerre I

« Alors que le programme de guerre progresse, le gouvernement dépend des femmes pour répondre à l’énorme accroissement du travail dans le civil. En un an de guerre, les civils à Washington DC sont passés de 30000 à 70000 pour contribuer au programme de guerre. Sur les 40000 de plus, 25000 sont des femmes. Elles se sont investies dans les bureaux gouvernementaux et dans une moindre proportion dans les établissements alentours. Elles peuvent être utilisées de façon pratique dans 60 domaines différents allant de sténodactylo, comptable, secrétaires, dessinatrices à opératrice de télégraphe et téléphone, infirmières, en passant par inspectrices de sous-vêtements ou classificatrices d’empreintes. La Commission du Service Civil des USA presse les femmes d’offrir leur services vus les besoins urgents. Comme les hommes sont sous les drapeaux, les femmes doivent prendre leur place et permettre à la machine de guerre de fonctionner avec le maximum d’efficacité...

...Des représentants  dans les bureaux de poste des grandes villes sont prêts à fournir des informations et des bulletins d’inscription vierges."

...Des représentants dans les bureaux de poste des grandes villes sont prêts à fournir des informations et des bulletins d’inscription vierges."

Comment les femmes peuvent-elles servir ? (juillet 1918)

« Le quota d’étudiantes de Géorgie pour la Réserve d’infirmières des Etats-Unis est de 375 jeunes femmes. Après leur formation, elles devraient rejoindre les hôpitaux pour permettre à leurs collègues expérimentées d’être envoyées au front. Sans elles, à terme, ce seront nos soldats blessés qui manqueront de soins.

Dans chaque état, le Comité Féminin de la Défense Nationale organise le recrutement du 29 juillet au 11 aout. Chaque président de section est chargé de celui-ci localement. Chaque nouvelle recrue participe à la deuxième ligne de défense. Après leur engament, il leur sera précisé où et quand s’effectuera leur formation. »

25000 infirmières recherchées

25000 infirmières recherchées

Un article signé de la Présidente de la section locale du Conseil de Défense National appelle « les femmes américaines à assumer leur pleine  responsabilité dans la guerre car, à ce moment (aout 1918), un manque cruel d’infirmières dans les hôpitaux se fait ressentir. En effet, les titulaires habituelles ont été envoyées en grand nombre au front. 25000 femmes de caractère, intelligentes et bien éduquées désireuses d’exercer cette profession (et de gagner leur vie) soit au front, soit au pays sont recherchées pour remplir les écoles d’infirmières. Elles doivent avoir entre 19 et 35 ans. La victoire finale ne peut être envisagée si l’on peut protéger les travailleurs de l’industrie de guerre. De la santé du peuple américain dépend le moral des troupes. Les jeunes femmes sont donc appelées à se rendre à la plus proche station de recrutement. »

La Croix Rouge qui recherche 1000 infirmières par semaine justifie son appel : « Le nombre des victimes au front a augmenté vu l’intensification des combats. Si leur nombre n’augmente pas, il n’y en aura pas assez pour soigner les blessés en France. Nous faisons appel au patriotisme des femmes américaines pour répondre à ce besoin ! »

La Croix Rouge qui recherche 1000 infirmières par semaine justifie son appel : « Le nombre des victimes au front a augmenté vu l’intensification des combats. Si leur nombre n’augmente pas, il n’y en aura pas assez pour soigner les blessés en France. Nous faisons appel au patriotisme des femmes américaines pour répondre à ce besoin ! »

Le CFP fait appel aux jeunes femmes patriotes dans un article d’aout 1918.

« 7500 infirmières sont déjà parties du pays. La Croix Rouge nous en demande encore 5000 puis 30000 au 1er janvier. Ceci va éclaircir les rangs dans nos hôpitaux. Nous devons essayer de faire rentrer le plus possible de femmes de 19 à 35 ans dans la profession aussi bien pour servir ici-même qu’hors de nos frontières. Les femmes de 35 à 55 ans peuvent aussi se proposer comme aide-soignante. Ce serait un grand secours pour soigner les civils dans le pays.

Nous avons besoin de 100 infirmières du Comté de Carroll. »

Une armée de filles recherchée (juin 1917)

« Jeunes filles, voici l’occasion de faire quelque chose pour votre pays en jouant les bons samaritains pour les garçons qui vont combattre et mourir pour la paix et la sécurité de votre pays.

Chacun a besoin de 2 à 3 paires de bracelets à porter autour des poignets dans les glaciales tranchées de France. Ceci évitera des milliers des grippes donc de décès dus à la pneumonie. Pourtant ces bracelets ne sont pas fournis par l’état. Il n’y a que vous pour les leur fournir.

Le Colonel McCarthy qui travaille au confort des soldats fait appel à vous pour tricoter au moins une paire de bracelets pour l’un quelconque de vos frères comme le fait déjà sa fille. A l’intérieur, glissez un papier avec votre nom et adresse pour être connu du porteur.

Envoyez-nous votre nom si vous participez à cette campagne de tricot et faites-le savoir au Colonel. »

L’appel est entendu puisque en juillet 1917, une lectrice du journal lui écrit en reprenant tous les termes de l’article précèdent.

Début septembre 1917, il est annoncé, via le journal, « l’arrivée du manuel de tricotage. Il est demandé aux sections locales de produire en grand nombre (les besoins sont immenses et sont mal couverts) des habits chirurgicaux ainsi que des fournitures et vêtements hospitaliers et articles tricotés. »

Le même mois, une notice destinée aux tricoteuses de la Croix Rouge donne des précisions. « Une circulaire a été envoyée à toutes les sections sur comment tricoter les 8 pièces standardisées (pull sans manches, cache-col, casque, chaussettes de jour et de nuit, bracelets, carré de toilette, couverture de bouteille) autorisées par le Bureau des Femmes de la Croix Rouge. Le commissaire de celle-ci en France rappelle la nécessité pour les soldats qui affrontent le dur hiver dans les tranchées de porter des vêtements chauds. Les officiers demandent que ces articles soient envoyés avant Thanksgiving de manière à combattre le manque de charbon et la hausse de tuberculose. »

La dernière partie de l’article est consacrée aux directions pour tricoter un pull sans manche.

Des millions de tricoteuses sont au travail pour subvenir aux besoins des soldats qui affrontent le froid dans les tranchées. En aout 1918, le point est fait sur cette question par la Croix Rouge : « Quand nous avons appris par le bureau de l’industrie de guerre que le nombre de pelotes serait grandement réduit, nous avons acheté sur le champ toutes celles destinées au tricot. A ce jour, nous en avons 1 400 000 livres prêtes à être distribuées dans nos sections locales. Il est possible que nous en obtenions un peu plus du gouvernement dont il n’aurait pas l’usage… L’ensemble sera toutefois bien en-dessous des 10 millions que nous avons utilisés l’an passé. Nous sommes donc en train de rechercher comment ne produire que les vêtements essentiels. Par la suite, nous serons en mesure d’annoncer notre programme de tricotage...

...En plus du stock annoncé, nous avons à notre disposition 1 600 000 chandails, 134 000 écharpes, 384 000 bracelets et nous espérons qu’avec ce que nous produirons, nous serons en mesure de répondre aux besoins de nos hommes pour l’hiver à venir...

...En plus du stock annoncé, nous avons à notre disposition 1 600 000 chandails, 134 000 écharpes, 384 000 bracelets et nous espérons qu’avec ce que nous produirons, nous serons en mesure de répondre aux besoins de nos hommes pour l’hiver à venir...

...Nous portons à la connaissance des femmes qui ont déjà tricoté que de septembre 1917 à juin 1918, la Croix Rouge a distribué 5 875 000 vêtements tricotés aux militaires. A la demande de l’industrie de guerre, nous engageons les individus et les sections locales à ne pas acheter la laine mais à attendre d’être servis par nos soins. »

Le besoin des fermes

Un article de The Commoner repris en mars 1918 par le Carroll Free Press fait état de la nécessité de trouver 1 million d’hommes pour un nombre égal de fermes qui devront être labourées à partir du dégel.

« Nous espérons que les patriotes qui ne sont pas dans les tranchées répondront aux besoins d’une humanité affamée et de millions d’enfants sous-alimentés. S’ils refusent, qu’on les enrégimente. Les plus riches devraient être les premiers à répondre car chaque acre de terrain peut produire des céréales alimentaires. Notre pays peut produire une abondante nourriture pour notre peuple ici-même, nos fils en France et nos alliés. Cette production est sans doute plus importante pour les hommes en ce moment dans les tranchées que les munitions...

...Chaque homme, femme, jeune homme doit être entrainé a l’usage de tout l’équipement de la ferme (surtout le tracteur, la charrue et le matériel laitier) dans des lieux spéciaux qui doivent être prévus immédiatement dans toutes les grandes villes du pays. Les femmes doivent apprendre la traite et les autres travaux de la ferme de manière à assister les épouses des fermiers...

...La guerre ne sera gagnée que par la récolte des champs américains. Napoléon disait « Une armée voyage sur son estomac ». Nous ne devons pas produire de la nourriture que pour nos soldats mais aussi pour les Français qui, dans le passé, partagèrent leurs biscuits avec nos pères fondateurs et versèrent leur sang généreusement pour la liberté.

Les lieux d’entrainement doivent être établis jusqu’au printemps pour permettre aux élèves d’y être éduqués aux travaux agricoles avant d’être envoyés à la terre où leurs connaissance seront mises immédiatement à profit.

Tous les trains de grain et de nourriture devraient avoir la priorité sur les autres trains. Arrivés à destination, ils devraient être déchargés avant tout autre fret. »

A suivre

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14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 21:37

Un tourisme particulier (suite)

« C’est un important moment pour nous : Détroit est la plus belle ville où je suis allé. Nous sommes allés au Canada hier et demain, dans le New Jersey avec 200 voitures. Nous en ramènerons une centaine à Détroit...

...Nous campons aux abords de Philadelphie dans le parc (3000 acres) de Duke (ci-dessus, l’homme du tabac). Il nous a dit qu’on lui en avait offert 20 millions de dollars...
...Nous campons aux abords de Philadelphie dans le parc (3000 acres) de Duke (ci-dessus, l’homme du tabac). Il nous a dit qu’on lui en avait offert 20 millions de dollars...

...Nous campons aux abords de Philadelphie dans le parc (3000 acres) de Duke (ci-dessus, l’homme du tabac). Il nous a dit qu’on lui en avait offert 20 millions de dollars...

...Nous passerons dans la ville demain (32 miles de traversée). Nous espérons y voir beaucoup de choses et être à Hoboken (un des ports d’embarquement) lundi dans la nuit.

J’ai vu un million d’acres de blé et maïs, les plus beaux de ma vie.

Nous ne déplorons qu’un accident causé par une voiture rapide se rendant à Toledo.

Par contre le train de ravitaillement a eu un accident coûtant $20 000. Au sommet du Mont Alleghany, 13 camions ont déboulé la pente pour finir entassés les uns sur les autres.

Nous sommes maintenant dimanche au Camp Paritan, dans le New Jersey, à 10 miles de New York et il devrait pleuvoir toute la nuit. Certains garçons creusent autour de leur tente de poupée pour laisser l’eau dehors (ils dorment sur le sol). J’ai la chance de dormir dans la grosse cantinière. Le tramway passe à l’entrée du camp. Nous sommes très sales et nous aurons juste le temps de nous nettoyer. » (R. Lyle – 07/18)

« La vieille ville où nous sommes est très ancienne. Elle existait du temps de Jules César comme Brest dont je vous ai parlé. C’est une ville entièrement fortifiée dont l’une des portes fut construite par les Romains. Beaucoup de routes romaines existent encore et sont de magnifiques routes en France.

La campagne ne ressemble pas à la nôtre. Située entre 1000 et 1200 pieds au-dessus de la mer, c’est un ensemble de collines peu pentues et calcaires au lieu de notre argile rouge. Les gens n’y vivent pas comme nous : chacun chez nous veut posséder sa propre ferme alors qu’ici, ils sont agglomérés dans de petits villages distants de quelques miles. Pas de maison en bois trop précieux pour être gâché dans la construction. Le calcaire est abondant donc toutes les maisons sont en pierres et sont recouvertes de tuiles rouges en terre cuite bien moins chères que nos « shingles » (tuiles plates en bois, NDLR).

Ces petits villages aux toits rouges disséminés dans la campagne sont très jolis et pittoresques. Par contre, lorsque vous y pénétrez, quel changement. Les maisons sont agglutinées les unes aux autres avec des rues petites et étroites. Les chevaux, vaches, chiens, poulets vivent au rez-de-chaussée ou dans une grange adjacente avec un tas de fumier le long de l’entrée principale donnant sur la rue. On retrouve cette permanente puanteur de fumier dans la ville et les commodités pour les personnes ne sont pas mieux. Cette description vaut pour les petits villages ruraux comme là où mon régiment se trouve maintenant. Comme c’est l’habitude de l’armée américaine de nettoyer ce genre de place, nous avons déjà accompli un grand pas pour rendre notre ville plus propre et plus attrayante. Les gens les plus aisés vivent mieux et dans un meilleur environnement que les paysans. Près du village, il y a très souvent de grandes maisons où les propriétaires et gens aisés vivent, peut-être les descendants de la vieille noblesse française généralement dénommées « châteaux ». Certaines sont très belles. C’est dans un de ces châteaux que séjourne mon régiment. La propriétaire en est une veuve, Madame Gauthier, vivant avec sa fille et ses deux enfants. Le mari de cette dernière est dans l’armée française.

La ville où nous sommes à l’école compte de 12000 à 15000 habitants et doit avoir en temps normal plein de jolies petites boutiques. Il y a environ 2000 officiers américains ici et autour plus ou moins en rapport avec les écoles. Ceci rend la ville prospère car ils y dépensent de bonnes sommes d’une manière ou l’autre.

Excepté un refroidissement que j’ai attrapé au débarquement, j’ai été en bonne santé comme tous les hommes. Personne n’est pratiquement malade en ce moment. Le temps est plus chaud qu’au début et cela ressemble à notre mois de juin. Nous n’atteignons pas les mêmes chaleurs et les nuits sont fraiches. » (Col. E.I. Brown – 09/18)

« Je suis dans le train pour Savannah (Géorgie). Je peux voir les vieux marais malsains de Charleston qui l’entourent. » I. N.  Davis – 10/18)

« Je suis dans le train pour Savannah (Géorgie). Je peux voir les vieux marais malsains de Charleston qui l’entourent. » I. N. Davis – 10/18)

« Ici, à Paris, il a plein de places pour  s’amuser. Dimanche, j’ai visité un des parcs avec deux Mademoiselles, deux sœurs qui parlent 3 langues (Anglais, Français, Italien) et sont des modèles. J’avais de la chance d’être en leur compagnie. Elles m’ont parlé de tout et je n’ai pas appris beaucoup de français. » ( J. P. Hudson - 09/18)

« Ici, à Paris, il a plein de places pour s’amuser. Dimanche, j’ai visité un des parcs avec deux Mademoiselles, deux sœurs qui parlent 3 langues (Anglais, Français, Italien) et sont des modèles. J’avais de la chance d’être en leur compagnie. Elles m’ont parlé de tout et je n’ai pas appris beaucoup de français. » ( J. P. Hudson - 09/18)

Ils préparent l’avenir

« Maman, tu liras avant papa : demande-lui de me réserver une place au bureau de la compagnie en espérant que rien ne m’arrive. Je veux un travail à l’abri car j’en ai assez de l’air frais pour un moment. J’espère être à la maison avant qu’un autre été s’achève. » (P. C. Mullins – 07/18)

« Je crois que je pourrai revenir pour passer de bons jours à la maison et qu’une petite fille sera heureuse de prendre un mari. Ah, Ah ! Par-dessus tout, j’espère revenir avec le même état d’esprit qu’avant de partir. » (H. Campbell – 09/18)

« Chère sœur, Quand as-tu vu ma petite copine ? Je me languis du jour où je vais pouvoir la revoir de mes propres yeux. J’ai reçu une gentille lettre d’une jolie fille de Thompson (Géorgie). Je l’ai rencontrée lorsque nous venions de Gordon. Papa te dira à quoi ressemble cette ville. » (H. Campbell – 10/18)

« J’espère être bientôt là où je peux avoir une conversation face-à-face avec la plupart de mes amis plutôt que d’écrire. Au retour, je vais être un drôle d’oiseau en société ! Il ne faudra pas être surpris si vous me voyez sauter de mon lit le matin et commencer à plier toutes les couvertures et les couvre-lits puis les placer à la tête du lit ! Pas plus lorsqu’un colporteur jouera de son sifflet, je sursauterai, attraperai mon manteau en criant « Tous dehors pour vous réveiller ! »..

...Je continue de recevoir des vêtements pour combattre les vents de novembre comme un épais chandail ce midi. Je viens d’entendre la sonnerie pour l’extinction des feux et mon lit n’étant pas encore fait, je dois conclure. »  (Homer L. Campbell Décembre 18)

...Je continue de recevoir des vêtements pour combattre les vents de novembre comme un épais chandail ce midi. Je viens d’entendre la sonnerie pour l’extinction des feux et mon lit n’étant pas encore fait, je dois conclure. » (Homer L. Campbell Décembre 18)

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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 00:10

La guerre conduit nos soldats dans des lieux divers et inattendus.

   

Un tourisme particulier

Bob Bledsoe, écrit d’Irlande qu’il a eu l’occasion de visiter et il en est ravi. « La première partie de la cathédrale St Patrick à Dublin fut construite au 12ème siècle sur un lieu de culte occupé depuis 350. Les parcs sont magnifiques. A la bibliothèque de l’université Trinité, nous avons pu observer la bible de Kell, écrite au 8ème siècle. A la plus grande brasserie du monde, on nous a présenté tout le processus de fabrication de la bière, du grain jusqu’à nos verres. Le paysage entre Dublin et Belfast est parfait : on dirait que chaque coin obtient beaucoup d’attention pour qu’il soit beau à voir. A Dublin, nous avons pu voir le plus grand chantier naval du monde et sa mairie possède toutes les sortes de marbres du monde. Nous avons pu constater que des familles vivent sous le même toit que leur bétail. »

En Angleterre, J. O. Robertson se réjouit d’avoir reçu plein de lettres de sa famille et d’amis bien qu’il vienne d’assister au premier enterrement d’un soldat US. « A la descente du corps (20 mai 18), des salves ont été tirées puis le clairon a retenti. Le cercueil était recouvert des drapeaux américain et anglais. Je n’ai jamais vu tant de fleurs sur une tombe auparavant. Les Anglais sont très attentifs aux enterrements. »

JW Jones répond à son cousin : « J’ai reçu ta lettre avec grande surprise ainsi qu’une d’Hubert. Tu ne peux savoir combien nous apprécions ces messages venus d’au-delà des mers. Ils me rappellent mon enfance et mes rêves d’histoires de fées. J’ai vu une grande partie de la France depuis que je suis ici bien que j’ai passé le plus clair de mon temps dans des paysages déserts sur le front. Le long des lignes de chemin de fer, nous voyons de larges vallées au pied de collines ensoleillées... 

...Il en est différemment au front où les vallées sont fantomatiques, où des masses de maisons en ruines autrefois heureuses, ont été victimes des tirs et des bombes. » (05/18)

...Il en est différemment au front où les vallées sont fantomatiques, où des masses de maisons en ruines autrefois heureuses, ont été victimes des tirs et des bombes. » (05/18)

D.Merrell est arrivé sain et sauf en France. « Je suis maintenant dans un petit village pittoresque du nom de Montrichard près de Tours (Il commence sa lettre par « quelque part en France » !). Dans cette partie de la France, les maisons sont en blocs de pierre qui ressemblent à de la craie extraite des montagnes. A certains endroits, on ne voit que les fenêtres et les portes, la maison étant dans le flan d’une colline avec les cheminées dépassant de celle-ci. Il y a aussi un grand château de plusieurs centaines d’années qui a vu beaucoup de batailles sanglantes. De fait, c’est un très beau pays. J’ai l’impression qu’ils cultivent surtout le raisin et le blé. Les vignes aux grains murissant s’étendent sur des miles aussi loin que vous pouvez voir. Ils disent ici que les principales récoltes sont le blé, le raisin et... les enfants. Je suis bien ici mais mon régiment d’infanterie ne devrait pas tarder à déménager. Je ne peux donc pas vous communiquer mon adresse mais je le ferai plus tard pour savoir où envoyer le Free Press. J’ai visité une imprimerie. Je dois m’arrêter faute de papier.» (07/18)

« La France est un beau pays bien que j’en aie vu qu’une partie bien montagneuse. La terre est beaucoup comme la vôtre. Les maisons sont très différentes des nôtres : elles sont faites de ciment et de pierres. Il semble que les Français et les Anglais ont une passion pour ce qui dure. » (J.B. McWorther-07/18)

« Nous avons fait un très bon voyage et nous avons reçu un bon accueil de la population française. Les jardins français sont aussi beaux à voir que les nôtres à la maison. Beaucoup de ceux que nous avons vus sont séparés par d’épaisses haies en quartiers carrés. J’apprends quelques expressions en français et je peux mieux le comprendre que le parler. Je pense que je n’ai pas manqué tant que cela en étudiant le latin à la place parce que ceux qui l’ont fait apprennent tout une fois ici.» (L. Brown-07/18)

« Depuis que je suis ici, j’ai vu les plus belles pièces d’art et quelques très belles œuvres de sculpteurs. Bien sûr, tu sais que Paris est une grande et active place. » (P. Hudson – 07/18)

« Depuis que je suis ici, j’ai vu les plus belles pièces d’art et quelques très belles œuvres de sculpteurs. Bien sûr, tu sais que Paris est une grande et active place. » (P. Hudson – 07/18)

A suivre

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25 août 2019 7 25 /08 /août /2019 22:18

La guerre vue par les soldats

 

Dans son courrier du 8 janvier, J.C. Holland se plaint du temps horrible : « Le sol est recouvert de neige depuis plus de 3 semaines et la température est en dessous de zéro* (environ -18 degres Celsius) la plupart du temps. Le matin, au lever, mes chaussures sont raides. »

Dans son courrier du 8 janvier, J.C. Holland se plaint du temps horrible : « Le sol est recouvert de neige depuis plus de 3 semaines et la température est en dessous de zéro* (environ -18 degres Celsius) la plupart du temps. Le matin, au lever, mes chaussures sont raides. »

J.C. Holland essaye d’écrire à sa sœur « à la pale lueur de la bougie et au son des canons. Je ne suis allé à l’hôpital qu’une fois cet hiver car une de mes mules m’a marché sur l’orteil. Je fais maintenant partie d’une compagnie de ravitaillement. Je suis un peu comme à la ferme. J’ai rencontré une très jolie petite française qui prenait des cours d’anglais. Je me devais de l’aider…» (02/18)

« C’est intéressant d’écouter la musique des grosses bombes au-dessus de nos têtes mais le réel sport advient la nuit quand le Hun fait des compliments à notre camp. Comme beaucoup de gens de Carrollton, j’ai toujours été un bon dormeur et hais être perturbé mais quand ces visiteurs arrivent vous êtes contents d’être réveillés avant que vous le sachiez. Nous nous réfugions dans nos abris et enfilons nos pyjamas de soldats : casque en acier, masque à gaz, chemise et pantalon de flanelle, chaussettes en laine et fusil. Ca ne dure que dix à douze minutes avant que le Hun ne change sa portée ou cesse le feu pour un moment. Alors l’endroit est aussi tranquille et paisible que Carrollton le dimanche. Nous nous rendormons avec la musique d’une mitrailleuse probablement servie par un de ceux qui ont la manie de « voir des choses » dans le noir. Nous avons eu ça deux fois quelques nuits plus tôt à 2 heures puis à 3 heures 30. Le nôtre est un gars de La Nouvelle Orléans. Le plus drôle est quand nous nous rassemblons autour du feu et que chacun a une histoire longue comme le bras qu’il nous raconte à son tour.

Nos hommes sont plutôt bien camouflés, le masque à gaz se balançant autour du cou, le casque en acier sur la tête et chacun qui le peut, porte une moustache à la Charlie Chaplin. » (R.I. Bledsoe – 01/18)

Dans sa lettre d’avril 18, B. Fleming déclare son attachement à sa maman et se révèle être très confiant sur les suites du conflit : « Nous espérons que la guerre se terminera cette année par une victoire car notre cause est juste. Ma santé est excellente et je retournerai sans encombre à la maison une fois la paix signée. »

J.C. Holland écrit à sa sœur : « Je suis content d’avoir reçu ton courrier et que tu aies passé un bon moment aux rencontres de chorales. J’aurais aimé être là alors que j’étais en train de travailler dur ce jour pour être prêt au combat. C’est un peu diffèrent de l’année dernière à la même époque, n’est-ce pas ? Pour l’instant, je m’en sors bien même si je m’en suis tiré de peu quelques fois. Une nuit, je conduisais le long du front et soudain, Fritz, devenant un peu hostile, m’envoya des obus tout autour de moi. L’un tomba si près qu’il m’a presque jeté hors de mon siège et que j’ai reçu de la boue sur moi.

Tu penses que je combats pour mon pays mais lorsque pareille aventure m’arrive, je cours pour mon pays ! C’est du sport, non ? J’arrête car bientôt, ce sera le moment de faire un de ses plaisants voyages.» (05/18)

« Je suis cantonné dans un village en ruines dans une maison bâtie en 1819. Cette part du pays n’est que ruines, des villes entières au flan des montagnes réduites en pièces ce qui en fait le plus beau paysage que j’ai jamais vu.

Nous déménageons tout le temps : deux jours est le plus que je sois resté à une même place depuis que j’ai effectué la traversée. De cette manière, je vois une grande partie du pays. J’avais une idée avant de venir mais je me suis rendu compte que je connaissais rien.

Je n’ai pas lu de journaux depuis un bon moment mais j’espère que la censure me permettra de dire que nous faisons vivre l’enfer aux Allemands.

Je pourrais écrire tout ce que j’ai vu d’intéressant mais  tout ce que je peux dire est que d’une minute à l’autre, notre sang est en feu quand il se glace une minute plus tard par ce que nous voyons.

Je vais bien, sans doute mieux même qu’aux Etats-Unis.

Le papier est rare ici alors j’espère que mes amis ne m’en voudront pas si je ne leur écris pas. » (H.D.Merrell-07/18)

« La population est pleine d’espoir et va plutôt bien. 

Les soldats américains de retour du front pour se reposer sont encourageants. Ils disent que les Allemands qu’ils ont capturés sont en mauvaise condition et que certains qui servent les gros canons sont enchainés à eux.» (J.B. McWorther-07/18)

« J’ai reçu avec un mois de retard ou plus vos deux lettres mais j’en suis content. Je suis désolé que votre récolte ait souffert de la sècheresse et j’espère que l’herbe ne l’endommagera pas.

Papa, comme tu disais, j’ai été diverti par les gros canons des alliés et les bombes des Allemands. Notre première expérience, c’était un avion allemand au-dessus d’une ville proche de nous. Nous avons déménagé dans un village plus proche. Personne n’a été blessé mais beaucoup ont eu peur. Au déplacement suivant, nous nous sommes retrouvés au milieu de notre artillerie. Je n’avais jamais entendu de telles déflagrations. Je n’ai pas pu dormir évidemment. Les Allemands ont essayé sans succès de nous bombarder. Par la suite, nous avons été de nouveau dans l’artillerie nous avons été bombardés et aussi gazés. Un de nos gars a été légèrement gazé et un sergent choqué par une bombe. Notre artillerie a changé de place et nous a laissé. Ils se retirent le plus vite possible. Nous sommes maintenant 10 à 15 miles à l’intérieur du champ de bataille. Nous avons vu des villages réduits en pièces et vu des morts français et allemands mais pas encore d’américains même si beaucoup ont déjà été tués dans cet espace. Je pense que de la manière dont nos garçons traitent l’ennemi, le kaiser n’a pas à pleurer seulement pour ses pertes humaines mais devra pleurer sur une victoire perdue. » (O. Entrekin-07/18)

« Nous avons mis les Allemands en déroute. Nous les avons fait reculer d’environ 20 miles durant les deux dernières semaines. Ils courent tant que nous ne pouvons les atteindre avec nos fusils. Je pense que nous devrions réveillonner pour Noël à la maison.

Je suis dans de bons camps avec les gars de Camp Wheeler et nous avons de gros canons. Ne vous inquiétez pas sur ce que les Allemands peuvent nous faire : ils sont en train de vaciller. » (T. Knight – 07/18)

« J’ai été au front pendant 20 jours sans encore une égratignure. Je passe un bon moment à combattre les Allemands. Tous les Américains ont peur de leur courir après : vous ne pouvez pas les retenir quelques fois.

Nous avons juste six heures de sommeil et il fait froid la nuit et chaud dans la journée comme chez nous à l’automne.

Nous avons plein à manger (soupe, chou, sirop) plus du beurre pour le petit-déjeuner et du tabac.  Nous n’avons pas beaucoup de tabac à chiquer mais des cigarettes et tu sais qu’une bonne cigarette américaine va bien après le repas. Je peux me passer du premier mais je veux ma cigarette. [CM1] » (A.M. Jordan – 08/18)


 [CM1]

« Je suppose que les journaux sont remplis des succès des Alliés lors de ces 6 dernières semaines. Nous leur faisons subir l’enfer et la raison pour laquelle ils ne s’arrêtent pas m’échappe. Ainsi aucun Hun n’est bon à moins qu’il ne soit mort. Je prie pour que notre bon travail continue. Nous sommes après eux jours et nuits mais vous savez que le Boche est très rusé en temps de guerre (pour ce faire, il est efficace et l’a prouvé). Nos garçons sont en train de leur mettre une divine trouille au cœur et je ne serais pas surpris d’apprendre un jour qu’ils ont fait des propositions de paix. Je veux aller en Allemagne pour la réduire en pièces mais je parie qu’ils vont s’arrêter avant que l’on n’y soit.

Papa, tu sais que je ne suis plus dans les ambulances. Je suis un médecin officier donc je suis près de la guerre mais sous terre, la place la plus sure alors que les bombes nous survolent en permanence. » (G. Mullins – 08/18)

« Tu me demandais ce que je faisais le 4 juillet (Fête nationale américaine). Ce fut le premier jour où j’ai été précipité au front. Je pense que je m’en rappellerai longtemps. » (G. – 08/18)

« Je n’ai pas pu vous écrire pendant les 15 derniers jours car nous combattions. J’ai eu de la chance car j’ai vu beaucoup de mes pairs tomber sur le champ de bataille. Je ne pouvais pas m’en occuper et laissais cette tâche à la Croix Rouge. Ils étaient blessés de multiples façons : certains ayant perdu leurs jambes ou leurs bras d’autres ont été gazés. Je remercie Dieu de m’avoir épargné. Je me moque de recevoir une médaille car je veux retourner aux Etats-Unis comme je suis.

Nous avons mis les Huns en déroute et espérons continuer jusqu’à la victoire. Beaucoup de garçons de Géorgie sont en train d’arriver et j’en ai vu quelques-uns ces jours. » (C. Martin – 08/18)

« Quel âge a Lish 18 ou 19 ? Il semble que le Congrès va adopter une loi pour abaisser le tirage au sort à 18 ans. Si Lish doit s’inscrire, je lui conseille de s’engager dans la marine ce qu’il y a de mieux. Il peut le faire pour la durée de la guerre.

Je travaille toujours au dépôt où la nourriture est conservée et je n’ai jamais faim. Un bateau de troupes a besoin de beaucoup de nourriture pour elles, le restant étant déchargé en France. Quand les soldats sont à bord, voici ce dont ils ont besoin journellement : 12000 livres de farine, 500 de sucre, 200 de café, 2500 de porc, 500 de haricots, 500 de fruits en boites, 500 d’avoine. Les marins et soldats américains sont les mieux nourris du monde. Quand nous sommes dans les ports français, nous en avons vu certains dans des petits bateaux venir prendre du pain pour eux-mêmes. La seule viande que vous y trouvez est le cheval. » (E. Hammond – 08/18)

« Nous revenons juste de participer à l’une des plus grandes actions de la guerre. C’est la première fois que nous étions en réelle action au front. Mon bataillon a eu de la chance : personne n’a été tué (3 ou 4 blessés légers). Notre batterie a eu seulement un blessé dans sa chair.

J’ai encore les deux mêmes questions : avez-vous reçu mes papiers d’assurance et mes allocations ? Sinon, je m’en occupe.

Je suis allé au YMCA ce matin acheter des bonbons, des gâteaux, de la soupe et des noix, les premiers depuis un certain temps. » (W. J. Warren – 09/18)

« Je suis à l’infirmerie de la base loin de la ligne de front avec une cheville foulée. J’ai affronté les bombes, les mitrailleuses et le gaz. On a eu chaud pendant un moment là-bas. Au moment de la relève pour nous reposer, je suis tombé dans un trou d’obus et « bingo », je me suis foulé la cheville. J’ai reçu les premiers secours par un homme de la Croix Rouge. Ils sont toujours prêts y compris sous les bombardements. J’ai été envoyé au poste de premier secours pour quelques jours. Je suis monté à bord d’un train médical, le meilleur que j’ai jamais vu : tout est blanc avec les lits le long des cloisons, des lumières électriques et des ventilateurs, toutes les commodités modernes pour que le blesse puisse profiter du confort. Nous avons roulé 24 heures pour être finalement entre deux draps entouré de jolies infirmières de la Croix Rouge pour veiller sur nous. Dois-je ajouter le bain chaud ce qui ne nous arrive pas souvent. La Croix Rouge nous donne tous les jours du chocolat et des cigarettes. Vous pouvez constater que l’on s’occupe bien de nous. On m’a dit qu’une cheville foulée demandait de 3 à 4 semaines de repos.

Vous êtes au courant de la grande opération du moment : nous sommes en train de renvoyer le Boche à Berlin au lieu de Paris. Vous ne me croiriez pas si je vous disais le nombre de prisonniers faits et de provisions capturées pendant leur retraite. Ils partent si vite qu’ils ne peuvent prendre tout avec eux y compris de gros canons. Les mitrailleuses sont éparpillées partout. Les prisonniers disent que l’armée allemande commence de respecter notre capacité à nous battre. Ils ne savent pas quand nous allons les frapper au moment où nous arrivons. Je n’ai pas pu utiliser ma baïonnette car au moment où vous êtes prêts, ils crient « kamerad » et je ne suis pas assez assoiffé de sang pour commettre cet acte. On a l’impression que c’est le début de la fin car les Allemands sont en déroute partout. (H. D. Merrell – 08/18)

« Grâce, nous sommes maintenant au « front » comme l’on dit. Nous faisons vivre l’enfer aux Allemands. J’étais au combat pendant 10 jours. Ce n’est plus aussi dur que ça l’a été.

J’ai vu une partie de la France et de l’Angleterre depuis que nous avons atterri ici et j’aurais quelque chose à te raconter à mon retour.

Je ne suis plus dans l’infanterie mais dans l’artillerie mais toujours conducteur.  Je transporte les munitions et je suis un peu fatigué.» (A.Jordan – 08/18)

Le 3 juin 18, le Carroll Free Press fait part de la dernière lettre de J.C. Holland (tué au combat le 21 mai 18) :

« Mon cher frère,

J’ai reçu ta lettre tant attendue et j’en ai été content. Je suis au combat maintenant et chaque nuit j’apporte de la nourriture aux combattants et ce n’est pas de la rigolade. J’ai tant perdu le sommeil et été soumis à tant d’excitation que j’en suis à moitié fou. Si ça continue je le deviendrais complètement. Imagine devoir te mouvoir dans le noir avec des trous d’obus de chaque côté et que le seul moyen de les éviter est la lueur d’un fusil ou l’éclatement d’un obus. Certaines fois, ils le font très près de nous.

Ce que je crains le plus, c’est cet affreux gaz. J’ai été attaqué par deux fois et j’ai bien cru y rester à la première. Il en tue certains mais je garde mon masque et je passe au travers.

Sans doute, je ne devrais pas t’écrire ceci mais c’est pour te faire savoir que je ne suis pas en train de pique-niquer en ce moment.

A bientôt de tes nouvelles, ton frère James C. Holland »

« Je viens de sortir des tranchées et ne me sens pas bien : ça devrait aller mieux dans quelques jours.

Que pensez-vous de la guerre ? De mon côté, ça me parait aller bien et si nous continuons à mettre les Huns sur le recul, ce ne devrait pas être long avant que le monde soit en paix de nouveau. Ce sera un grand jour que de nous mettre debout sur les tranchées et brandir le Old Glory (drapeau américain). 

Nous avons été dans les tranchées pendant 10 jours et pas un seul homme n’a été touché. Pourtant votre petit gars a été visé 3 fois : le Vieux Fritz a des ballons d’observation au-dessus et nous pouvons tout voir. Je devais parcourir un espace à découvert donc il m’a tiré dessus. Je me suis réfugié dans la tranchée et il a encore tiré à deux reprises. J’ai regardé le gars avec mes jumelles et lui ai montré mon poing. J’ai fini en 45 minutes un travail qui aurait dû en durer 5. » (P.C. Mullins – 07/18)

« Je dois vous dire que je suis dans les tranchées et sur la ligne de front depuis 10 jours. J’aimerais vous donner quelques expériences mais j’ai peur qu’elles ne passent pas la censure donc j’attendrai pour vous en parler que la guerre soit finie. Vous pouvez imaginer qu’au front, la vie est très excitante et parfois plus quand les grosses bombes arrivent et coupent les arbres tout autour

J’ai juste besoin de retrouver mon sommeil mais ce sera fait lorsque nous irons en réserve. Je suis en service pendant 9 heures chaque nuit et, croyez-moi, certaines paraissent sans fin. J’ai été en service dans le no man’s land quelques fois comme tireur d’élite. C’est à ce moment que l’on prend conscience que la vie est si chère. Quand je ne suis pas de service, j’ai un abri avec un mur épais de 3 pieds et un toit de 4 rangs de poutres de pin. Vous pouvez vous représenter ma situation écrivant à la faible lueur d’une bougie pendant qu’à l’extérieur on entend en permanence l’éclatement des obus. J’ai perdu récemment quelques bons camarades et c’est difficile de les abandonner mais c’est la vie : nous ne pouvons pas espérer gagner sans en sacrifier certains. Nos camarades français (de bons combattants) nous disent que si la guerre se prolonge de 18 mois, nous aurons tué ou fait prisonnier tous les Allemands. Ainsi, nous pourrons retourner à la maison.

Je pense être un des garçons très chanceux car quelques mètres plus loin, certains abris ont été détruits par des obus.

Ici, nous sommes dans un coin montagneux et jours et nuits, il fait très froid. Les Alpes sont magnifiques et le décor est exceptionnellement beau. Personne ne vit par ici pourtant on aperçoit les ruines de maisons abandonnées en 1914/15.» (C. Yeager – 08/18)

« Je suis toujours à l’hôpital, service des convalescents. J’espère être sur pied dans une ou deux semaines. Etant en France depuis 3 mois, j’ai acquis quelque expérience. Je pense que nous avons dû battre un record en restant 17 jours au front. Certaines troupes passent des mois à creuser mais j’ai eu la chance d’échapper à ça et aussi d’être tombé au milieu d’un bon nombre d’anciens qui m’ont initié. Depuis que j’ai été blessé, j’ai bien parcouru le pays et je suis maintenant dans le plus grand hôpital du monde (40000 lits) et d’autres bâtiments sont en construction.

Les Alliés n’ont jamais autant connu le succès depuis que la guerre a éclaté. Ils gagnent sur tous les fronts et notre armée y prend sa part en mettant tout en déroute au-devant d’elle. Quand elle gagne une position, elle ne la lâche plus. Les Allemands disent que nous ne savons pas quand nous sommes battus. Ça ne me surprendrait de voir le Boche les mains en l’air bientôt voyant qu’il est fini. » (H.D. Merrell – 09/18)

 « Je suis à l’hôpital où je vais bien. Vous devriez voir comment je m’en sors avec mes béquilles. J’ai été blessé au combat le 15 à 11 :30 après avoir combattu âprement depuis l’aube...

« Je suis à l’hôpital où je vais bien. Vous devriez voir comment je m’en sors avec mes béquilles. J’ai été blessé au combat le 15 à 11 :30 après avoir combattu âprement depuis l’aube...

 

...Ce fut une grande bataille où le matin nous sommes montés à l’assaut et après une heure nous étions en possession du sommet de la longue colline. J’ai combattu avec mon ami Dusty côte à côte et plus d’un « Dutchman » a payé pour la blessure par balle au pied. J’espère pouvoir remarcher dans une semaine. On nous traite bien à l’hôpital américain. Je suis presque heureux d’avoir été blessé.

Présentement, je me fais plaisir au YMCA et n’en suis pas empêché par ma blessure. » (J.W. Jones -09/18)

Première guerre mondiale : lettres de soldats (1917 - 1918) IX

« Sans doute lisez-vous des nouvelles de la guerre. Nous prenons notre part à l’honneur qui est rendu aux soldats américains. Nous avons passé 4 jours en face des Huns à l’un de leur point stratégique. Nos munitions ne parvenant que lentement, nous n’avons pas pu faire feu la première nuit mais le lendemain, nous étions prêts et avons bombardé les tranchées et les abris allemands. Notre capitaine a constaté que notre cible avait été réduite en pièces. Les Allemands étaient perplexes en se demandant comment nous pouvions envoyer autant de dynamite à la fois. Nous utilisions de gros canons. L’infanterie a beaucoup aimé notre travail. Si nous n’avions pas eu ces gros canons, les Allemands auraient tué beaucoup de nos soldats. Nous sommes allés dans le No man’s land et avons ramené quelques souvenirs. Quelques gars ont bu le vin et la bière du Kaiser. J’ai pris les galons d’une de nos victimes et je vais vous les envoyer.

Nous sommes à présent éloignés de quelques miles du front. » (O. Entrekin – 09/18)

Les illustrations de l'article ont une histoire particulière et intéressante. Lors d'un voyage en France, deux de nos amis, Martine et Yvon, après avoir été avertis de ma recherche sur la Grande Guerre, nous présentaient ce trésor familial. Laissons-les-nous le présenter.

Collection photos Lechopier/Duffaut

"Ces photos proviennent du grand-père de Martine : Alexandre Etienne Lechopier né à Vaujours (93) en 1883 et mort à Paris dans le 18ème arrondissement en 1949 (tout près du théâtre de l’Atelier ). 

Nous ne pensons pas qu’Alexandre ait fait ces photos car il était boucher.

Ses photos étaient certainement vendues car à Fleuriel (03) a été créé un musée du soldat-paysan auquel nous avons prêté ces photos. Il y avait là d’autres photos du même type que les nôtres. Alors ils ont utilisé un procédé que nous ne connaissons pas qui permettait de voir ces photos sur un écran avec une impression de relief et sans lunettes.

Avec les photos, nous possédons un stéréoscope qui permet de voir les photos en relief mais une par une. Après vérification, nous n'avons retrouvé aucune marque sur le stéréoscope.

Il y a 2 photos par plaque pour rendre l’effet de relief. Essayez de trouver un appareil semblable et glissez les photos côte à côte dans l’appareil. L’œil gauche voit la photo de gauche et l’œil droit celle de droite. Le cerveau fait le mélange des 2 images pour donner une impression de relief."

Grand merci à Martine et Yvon

 

A suivre

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